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Musée de Picardie, AmiensExposition du 19 novembre 2009 -
19 septembre 2010
Amiens Métropole (Musées d’Amiens), la Direction régionale des affaires culturelles
(Service régional de l’archéologie) et l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques
préventives) se sont associés pour retracer l’évolution d’un quartier
d’Amiens pendant 2000 ans, la ZAC Cathédrale.

Les fouilles du Bas-Parvis (Amiens 2006)
cl. v.thellier@balloide-photo.com / Inrap
Dévastés pendant la seconde guerre Mondiale, les quartiers situés entre la
Cathédrale et l’église Saint-Germain sont restés en friche pendant plus de 50 ans.
Pour assurer une reconstruction harmonieuse de ces 8 hectares situés en limite du
centre-ville, la Z.A.C. Cathédrale (Zone d’Aménagement Concerté) a été créée à la
fin des années 1960.
Les travaux ont commencé au début des années 1990 et ont donné lieu à de nombreuses
interventions archéologiques, simples sondages ou fouilles préventives plus
ou moins importantes comme le parking Saint-Leu en 1993-1995, l’ilôt Saint-Germain en 1994, le Bas-Parvis en 2006 (ensemble immobilier avec parking souterrain)
et le Marché aux herbes en 2007 (construction de l’Hôtel Mercure). Ces fouilles
ont toutes été réalisées par l’Inrap.
Ces deux derniers chantiers dirigés par Dominique Gemehl (Inrap) font ici l’objet
d’un traitement particulier et approfondi.
Ces terrains constituaient la dernière réserve archéologique où pouvaient être abordées
certaines problématiques historiques, grâce à une stratification de parfois 6 m
d’épaisseur, véritable enregistrement de près de 2000 ans d’histoire.
Pour l'Antiquité, des interrogations majeures portaient sur la zone de contact entre le
versant, occupé dès 10 avant J.-C., et le fond de la vallée, humide et considéré comme
insalubre, dont l'urbanisation remonte pourtant aux environs de 30 après J.-C.
La canalisation progressive de l'Avre, l’affluent de la Somme qui longe le bas de
versant, faisait partie de ces interrogations, de même que le tracé de la première
enceinte d’Amiens dont l'érection a bouleversé le quartier au IVe siècle après J.-C., et
en définitive l’ensemble de cette fortification.
Les six siècles qui suivent la fin de l'époque romaine, jusqu’au XIe siècle, sont peu
documentés, tant par les sources écrites que par l'archéologie.
Les opérations de 2006 et 2007 étaient donc une occasion d'aborder ces "temps obscurs".
Un des objectifs était de déterminer les modalités de la mise en place du parcellaire
urbain, intégralement conditionné par la disparition du rempart et son évolution
jusqu’aux bombardements de 1940.
Les fouilles de 2006 et 2007 ont apporté de précieux compléments, parfois inattendus,
aux résultats des interventions précédentes réalisées dans le secteur. Ces dernières
avaient permis aussi bien la collecte d’un matériel abondant (vaisseliers, dépôts monétaires)
correspondant aux incendies du IIIe siècle, que la découverte en milieu humide de
structures (ponts, bâtiments...) et objets en bois du 1er siècle après J.-C. remarquablement
conservés, ou l’étude d’un tronçon de la muraille urbaine du IVe siècle après J.-C.
En 2007, à l’emplacement de l’Hôtel Mercure, un quai et un pont construits en grand
appareil au 1er siècle, des aménagements monumentaux insoupçonnés, ont été mis au
jour le long de l'Avre, ainsi que le tronçon nord de la muraille du IVe siècle.
Sur le Bas-Parvis, c’est le soubassement d'une tour semi-circulaire de 5 m de diamètre
qui a été découvert, la première attestée sur la courtine du castrum d’Amiens, à l'exception
de la tour d'angle relevée en 1994 sur l'îlot Saint- Germain.
Ces découvertes et les études en cours, comme celle du glacis défensif entre le castrum
et l'Avre, constituent les plus belles avancées pour l’Antiquité tardive.
Ces fouilles ont également fourni quelques informations inédites sur les siècles les
plus mal connus de l'histoire d'Amiens (Ve - XIe siècles) : le glacis entre l’Avre et la
muraille voit s’installer de petites structures au Haut Moyen - Âge, tels qu’un atelier de
bronzier ou d'orfèvre adossé au rempart au tournant des VIIIe - IXe siècles, ou un bâtiment
accolé à l'Avre au Xe siècle, lié aux activités fluviales.
Le démantèlement de la première muraille, vraisemblablement bien avant la fin du XIIe
siècle, libère des terrains où se forment de nouveaux îlots d’habitation. Autour des rues
des Tripes et des Gantiers, tracées peut-être dès le début du XIIe siècle mais mentionnées
dans les archives à partir du XIIIe siècle seulement, habitations, ateliers et négoces
se multiplient.
Au XVIe siècle, un réseau de caves très dense est déjà constitué provoquant la destruction
irrémédiable et presque totale des sols anciens. C’est donc essentiellement grâce
aux sources écrites, bien conservées à partir du XIVe siècle, que l’évolution du parcellaire
de ce quartier du coeur de ville peut être partiellement reconstituée.
Cette histoire bimillénaire se termine en mai 1940 avec les bombardements allemands
et ne reprend que dans les années 1990 avec la réalisation des derniers programmes
de reconstruction.
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