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Arcimboldo
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Arcimboldo est répertorié pour la première fois en tant que peintre en 1549, à l’occasion de la réalisation de cartons de vitraux pour la cathédrale de Milan. Appelé à Vienne, Arcimboldo restera au service de la cour impériale des Habsbourg pendant 25 ans, de 1562 à 1587, et sera comblé de tous les honneurs. Ferdinand Ier, Maximilien II puis Rodolphe II, qui tous admirent son érudition, son inventivité et sa sensibilité, lui confient de nombreuses charges.
En effet, en parallèle de son activité de portraitiste de la famille impériale (aujourd’hui méconnue en raison des difficultés d’identification et d’attribution de ces tableaux de facture classique), Arcimboldo réalise plusieurs séries qui suscitent l’engouement de ses contemporains : les Quatre Saisons, les Quatre Eléments et les Métiers ainsi que quelques natures mortes réversibles. Doué de multiples talents, Arcimboldo est également dessinateur de costumes et décors pour les innombrables manifestations et cérémonies qui ponctuent la vie à la cour, à Vienne comme à Prague mais aussi inventeur de jeux d’eau, conseiller artistique et illustrateur de la faune et de la flore pour le compte de grands scientifiques.
Adulé de son vivant, Arcimboldo tombe dans l’oubli après sa mort en 1593. Sans doute ses oeuvres étranges et extravagantes, dont peu d’originaux subsistent, furent-elles mal comprises. Elles sont redécouvertes au début du XXe siècle par les surréalistes qui considérèrent ce créateur de "bizarreries plastiques" comme un des précurseurs de l’art moderne.
Le nom d’Arcimboldo reste à ce jour intimement associé à ses oeuvres étranges, capricci, scherzi ou grilli, autant d’inventions fantastiques de têtes anthropomorphes composées à partir de plantes, fruits, animaux et autres éléments. D’un prime abord, simples représentations des saisons et des éléments, elles incarnaient également des personnalités telles que l’empereur Rodolphe II en Vertumne (Château de Skokloster, Suède). Elles pouvaient aussi représenter des membres de la cour, comme le Juriste ou le Bibliothécaire, compositions élaborées à partir d’ouvrages et de liasses de documents, ou le Cuisinier ou l’Homme-potager, à partir de plats et de légumes.
Ces créations ont donné lieu à d’abondantes interprétations, allégoriques, métaphoriques et politiques, qui ont mis en valeur l’érudition et l’esprit des mécènes du peintre, ainsi que celui de leur entourage sophistiqué à la cour. Elles constituent, comme le souligne de récentes études, une des nombreuses facettes du caractère excentrique de la culture maniériste de cour.
Ces incomparables inventions d’Arcimboldo ont donné lieu à une mémorable exposition intitulée L’Effet Arcimboldo, présentée au Palazzo Grassi à Venise en 1987. Elle examinait l’influence à court puis à long terme de l’oeuvre du peintre sur les générations d’artistes qui l’ont suivi, plutôt que le peintre lui-même : sa formation et, d’une manière générale, sa biographie n’y était abordées qu’à titre d’introduction.
Jusqu'à présent, de rares études seulement concernaient sa formation artistique, l’atelier de son père, ses premières réalisations et possibles projets pour des vitraux et tapisseries. Ce n’est que récemment que de nouvelles hypothèses ont été émises, notamment sur sa participation active à l’illustration d’ouvrages scientifiques contemporains et sa possible contribution à l’illustration de la faune et de la flore des ouvrages du scientifique bolognais Ulisse Aldrovandi. Il n’existe toutefois pas d’indications claires quant à l’origine de son intérêt particulier pour la nature, s’il y a été introduit dans sa jeunesse en Lombardie ou, plus tard, à la cour de Habsbourg.
Il convient par ailleurs de se pencher sur l’existence de nombreux versements pour des portraits réalisés durant les 25 ans qu’il a servi à la cour des Habsbourg, de 1562, date à laquelle il a été appelé à Vienne par Maximilien de Habsbourg sous le règne de son père l’empereur Ferdinand Ier, à 1587, date à laquelle il quitta le service de l’empereur Rodolphe II pour se retirer à Milan, sa ville natale. Jusqu’à présent, seul le portrait de Maximilien II et de sa famille (conservé au Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie, Vienne) lui était attribué.
Il est donc essentiel de souligner que la production de bizarries et de grilli - oeuvres pour lesquelles il est si célèbre aujourd’hui - ne constitue qu’une petite partie des commissions qu’il a réalisées en tant qu’artiste de cour. Ainsi, parmi les 150 dessins qu’il a présenté à l’empereur Rodolphe II en 1585 (conservés à la Galleria degli Uffizi, Florence), certains étaient des projets pour des fêtes éphémères (couronnements, mariages, etc.), tandis que d’autres des études d’après nature.
Quant à la série de dessins documentant la production de la soie (aujourd’hui au Museum of Fine Arts, Boston), elle est particulièrement importante non seulement dans le cadre du débat sur la signification du grotesque mais aussi au regard de celui concernant la supériorité des avancées de l’âge moderne sur l’Antiquité.
Compte tenu de la diversité de la production artistique d'Arcimboldo, une biographie actualisée de l'artiste explorant ses entreprises personnelles et professionnelles s'impose : une exposition monographique est donc l'occasion de combler les lacunes dans notre connaissance de l'homme ('persona') qui a réussi à se dissimuler derrière le bizarre et le grotesque, avec tant d'habilité.
Sylvia Ferino
Conservateur de la Peinture italienne Renaissance
Kunsthistorisches Museum, Vienne



