Les Ateliers du Vent suivent depuis plusieurs années, le parcours de photographe
d’Anne-Sophie Boivin, ils ont collaboré sur un projet de mémoire du
quartier Villebois Mareuil à Rennes (2004), et suivi avec intérêt la publication
d’Une Vie avec toi (2007, l’oeil électrique éditions).
Anne-Sophie Boivin s’est lancée dans un long périple à travers le continent
africain avec en guise de viatique :
“Des boîtes de conserve pour appareil photo, un vélo comme seul moyen de locomotion,
un billet aller sans retour, une solitude assumée, propice à la création.”
Intention :
"Les images d’Anne Sophie Boivin ont un caractère brut, sans retouche. Elles portent les
traces du développement dans des conditions souvent précaires, elles ont la taille des boîtes
en fer au sein desquelles elles ont vu le jour.
Mais la frontière entre le réel et l’imaginaire apparait ténue, le temps y est étrangement suspendu,
le mélange de flou et de détails concourt à une perte des repères classiques.
Qu’il s’agisse de paysages ou de portraits, la réalité se trouve transformée, recomposée par
la force d’un point de vue qui coïncide avec un positionnement au plus près des êtres, des
choses et de l’émotion ressentie.
La parfaite maitrise d’une technologie rudimentaire est ici au service d’un regard qui hiérarchise
l’importance plus ou moins grande donnée aux différents éléments du réels et célèbre
la sensualité des corps et des matières tout en révélant un imaginaire.
“Je vois souvent dans la rue des choses qui n’existent pas...”
En mêlant par exemple des images de vrais et faux dormeurs, Anne Sophie Boivin nous invite
comme elle, à deviner plutôt qu’à savoir, à sentir les présences, à affronter nos interrogations
sur la frontière entre la vie et la mort, sur les états qui nous traversent, sur l’enveloppe et
l’essence des corps et des choses.
Ces 70 images à la fois quotidiennes et souvent étonnamment sacralisantes, ne sont nées
d’aucune intention préalable, elles reposent sur une nécessité et une recherche ; celle de la
rencontre juste, de la distance juste, de la disponibilité de l’écoute et du regard
“On est deux à faire l’image : Si la personne me donne tout le temps dont j’ai besoin, l’image
sera comme je l’imaginais sinon, elle portera simplement la trace de sa disponibilité... Ce que
je ne montre pas, ce sont les images de la frénésie, celles nées de l’impatience de photographier
sans attendre le moment juste, le lieu qui s’y prète, comme quand on force la parole
dans un dialogue...”
L’image est le temps pris.
Ce que nous y voyons, c’est une présence et un support au souvenir, une invitation à l’émotion."
Alain Hélou