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Christian Boltanski |
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"À la base, je suis fondamentalement un peintre. J’ai quitté l’école à 14 ans, ce fut une chance pour moi. C’est aussi à cet âge-là que j’ai réalisé mes premières peintures. Après, je crois que les visuels m’intéressent beaucoup, les images, les vidéos. Depuis les 20 ou 30 dernières années, la peinture s’est intéressée aux autres champs de l’art. Aujourd’hui, je me définis surtout comme un artiste, ce qui est une notion universelle." Christian Boltanski
Christian Boltanski est un artiste autodidacte, sans véritable scolarité et sans formation artistique. Dès son adolescence, il s'adonne à la peinture. Issu d'une famille juive, il est marqué par le souvenir de l'Holocauste et sa peinture s'en ressent.
A partir de 1967 Boltanski se tourne vers l'écriture. Des éléments provenant de son univers personnel font alors irruption dans ses réalisations (photocopies, documents originaux, photographies de famille) : sa biographie devient l'une de ses principales thématiques. Mais la vie que nous raconte ou plutôt nous conte Boltanski prend la forme d'une fiction, à travers des épisodes biographiques inventés, des objets ne lui appartenant pas, des photographies retravaillées pour donner naissance à une "mythologie individuelle".
Boltanski reconstitue des moments de son enfance et de sa vie de famille. Il utilise la photographie grâce à laquelle il se met en scène, jouant son propre rôle devant des décors peints. Il crée des objets qui évoquent les jouets ou les vêtements de son jeune âge, ainsi que des séries de sucres sculptés, sorte d’alphabet imaginaire conçu dans un matériau périssable, voué à la disparition.
En 1968, se déroule la première exposition solo de l'artiste au théâtre du Ranelagh à Paris où il présente des marionnettes grandeur nature. 1969 est l'année de parution du premier livre de Christian Boltanski, intitulée "Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance"
Dans ce parcours à l’intérieur de la mémoire, il propose en 1973 à soixante-deux conservateurs de musées d’exposer la totalité des objets ayant appartenu à une personne et réalise des inventaires de ce passé anonyme. Dans les années 1980, il entame la série des Monuments, compositions géométriques de portraits photographiques disposés dans des boîtes en fer, qui évoquent le retable ou l’iconostase. Ces Monuments sont éclairés par des ampoules ou de petites lampes de bureau autour ou au-devant des images. Boltanski utilise souvent des moyens dérisoires, pantins bricolés avec du fil de fer, photos d’amateurs, carton ondulé, piles de boîtes de biscuits rouillées remplies d’archives collectives ou privées, jeux d’ombres, vêtements.
L’engagement artistique de Boltanski relève véritablement d’une thérapie, par un retour sur les traces et les traumatismes du passé, soit à partir de son histoire personnelle, soit à partir de celle d’anonymes. Qu’il s’agisse d’évocations autobiographiques ou étrangères à son histoire, l’artiste restitue des faits relatifs à l’enfance, à la famille, à la mort, à la mémoire et à la banalité. L’obsession de la mort traverse une grande partie de son oeuvre.
Pour ses oeuvres, Boltanski part d’éléments aussi peu substantiels que des coupures de journaux, des boîtes en fer-blanc rouillé, de vieilles photographies, des vêtements usagés, des ombres vacillantes. Son oeuvre est emblématique de l’art expérimental de ces dernières décennies, ce que l’artiste lui-même est le premier à revendiquer. Il ne manque jamais de remettre en cause les paramètres traditionnels de l’oeuvre d’art et associe dans son travail les modes d’expression les plus divers défiant ainsi toute classification.
"Même si l'on est artiste avant d'être de n'importe quel pays, je pense qu'on est toujours vaguement de quelque part. A l'inverse du nationalisme, il ne s'agit pas simplement d'être français, italien ou australien. Souvent, l'art qui est bon est vaguement lié à un temps dans une culture ; l'art américain était bon quand il était vraiment américain, l'art allemand quand il a été vraiment allemand. Le désir de se défaire de cette appartenance pour la fondre dans une identité internationale est finalement dangereux, c'est une perte. Et, au final, tout risque de se ressembler beaucoup, cet art mondialisé où le travail de n'importe qui est le même que celui d'un autre pays."
"Il est certain que depuis quelques années, l’aspect autobiographique revient. Un artiste parle toujours plus ou moins de la même chose tout au long de sa vie, il change très peu, et en même temps, il regarde le même objet différemment selon l’âge. Après m’être pendant longtemps occupé de la mort des autres, il arrive un moment où le sujet devient ma propre mort... C’est là où j’en suis aujourd’hui ; je serai peut-être ailleurs dans dix ans."
"Toute ambition paraît très prétentieuse. Ce que je trouve le plus formidable dans le fait d’être artiste, c’est que l’on peut toucher des gens qui ne vous connaissent pas personnellement, et que l’on peut encore les
toucher après sa propre mort. Donner de l’émotion à des gens qui sont loin de moi."
"En septembre 2008, la maison rouge invite l’artiste Christian Boltanski à réaliser une exposition autour du Coeur, installation créée en 2005.
Interpellé à l’entrée par une question qui semble s’échapper du mur : Qui êtes-vous ? (2008), le visiteur découvre ensuite Le coeur dans la pénombre d’une vaste salle. Une lampe s’allume et s’éteint au rythme du battement du coeur de l’artiste, qui se diffuse dans l’espace d’exposition en un perpétuel mouvement entre vie et mort.
Au fond de cette salle obscure, on découvre une vidéo Entre-temps (2003), où les traits du visage de l’artiste passent en fondu enchaîné, de sa petite enfance à ses 60 ans.
A l’occasion de la 37e édition du Festival d’Automne à Paris, Christian Boltanski a souhaité donner un prolongement à son installation, Le coeur , en proposant de constituer ce qu’il a appelé « les archives du coeur ».
Poursuivant son investigation sur « La petite mémoire » (par opposition à « la grande mémoire préservée dans les livres »), « cette petite mémoire qui forme pour moi notre singularité, […] extrêmement fragile, et [qui] disparaît avec la mort », comme il aime à le rappeler, Boltanski invite chacun des visiteurs de son exposition à enregistrer, dans une cabine prévue à cet effet, les pulsations de son propre coeur et à participer à la constitution des « archives du coeur de Christian Boltanski ». S’ils le désirent, les visiteurs pourront acquérir un enregistrement des battements de leur coeur, gravé sur un disque analogique.
Initiée par la maison rouge, l’entreprise d’archivage se tiendra simultanément lors de l’exposition de Christian Boltanski à Magasin 3 à Stockholm qui intégrera également un studio d’enregistrement.
L’artiste souhaite poursuivre cette collecte d’enregistrements parallèlement aux projets qui lui seront proposés dans les années à venir et augmenter à l’infini ce corpus qu’il aimerait conserver à l’abri du temps dans l’île japonaise d’Ejima dans la Mer du Japon que lui a confiée un collectionneur."
