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Musée Dapper, ParisExposition du 15 octobre 2009 – 11 juillet 2010
Devenir un homme représente un chemin plus ou moins long à parcourir selon les
sociétés considérées. Partout dans le monde, les aînés s’efforcent d’enseigner aux jeunes des règles
de comportement.
En Afrique comme en Océanie, les hommes apparaissent rarement sans ornement. Portés au
quotidien ou lors de cérémonies, les parures et les emblèmes témoignent d’expériences vécues,
notamment lors des rites d’initiation qui marquent les différentes étapes de la vie d’un individu.
Celui-ci, durant ses apprentissages et les transformations qui s’ensuivent, devient véritablement
un être social. En effet, les modifications de l’apparence première, autrement dit du
corps nu, sont révélatrices du statut occupé au sein de la communauté. Tous les signes, objets
et marques corporelles, affichent l’identité d’un homme et le situent au sein d’un groupe où il
trouve sa place selon son âge et sa fonction.

KUBA - RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO -
Région : Kasaï occidental - Statuette ndop -
Bois (Crossopteryx febrifuga), pigments et laiton. H. : 55 cm -
Inscrite en 1924 -
Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren -
Inv. n° EO.0.0.27655 -
Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren ©
Les hommes parés sont au centre de relations complexes où se tissent une infinité de liens
tant sociaux que religieux, liens avec les autres membres de la société, les ancêtres et les êtres
du monde surnaturel.
Un art qui puise dans l’environnement
Conçues pour les hommes – parfois en partage avec certaines femmes – les parures masculines
sont d’une grande diversité. Les habitants de l’Afrique subsaharienne et ceux des îles du
Pacifique ont largement puisé dans leur environnement,
utilisant ainsi toute la vaste gamme de matériaux dont ils pouvaient disposer pour
façonner des objets d’une réelle richesse formelle
allant de l’épuration maximale au foisonnement
d’éléments. La réalisation et le port
de parures ne peuvent être dissociés du contexte
dans lequel ils s’inscrivent. Exerçant un certain
contrôle sur la nature par le biais de la chasse, de
la pêche et de l’agriculture, les hommes légitiment
régulièrement leurs actions prédatrices par des
rituels complexes. La peau, les griffes, les dents
du léopard, du lion, de l’hippopotame ou de l’éléphant
en Afrique, et celles du porc, du chien, du
cachalot en Océanie, de même que le plumage
des oiseaux, sont ainsi fort prisés pour la fabrication
de parures de prestige destinées aux chefs ou
aux officiants.
S’approprier les qualités d’un animal particulier,
considéré comme un totem, un protecteur du
groupe qui peut devenir dans des conditions
spécifiques le double d’une personne, constitue
une donnée essentielle de certaines croyances.

WAAN – RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO -
Pendentif. Ivoire. H. : 9 cm -
Collecté entre 1897 et 1910 -
Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren -
Inv. n° EO.0.0.16707 -
Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren ©
L’accumulation et l’agencement des éléments
naturels patiemment ordonnés confèrent à un objet un aspect agressif qui est sous-jacent dans
l’esthétique de la coiffure de la République
démocratique du Congo ou dans celle du pectoral
de Mélanésie . La présence d’une
dépouille d’animal est plus stupéfiante encore
dès lors qu’une partie du corps est utilisée telle
quelle, après avoir été traitée et préparée.
L’effet visuel est saisissant, voire brutal, lorsque
la tête d’un félin est choisie comme trophée
pour coiffer celle d’un humain, qui donne, lui,
ses cheveux, ses poils et ses dents pour des ornements
particuliers.
Dotés de ces accessoires nécessaires lors de situations
exceptionnelles où des prescriptions magicoreligieuses
s’imposent, les hommes ainsi parés se
sentent-ils plus puissants, voire invincibles ?
Corps parés
Façonnés en pierre, fibres, bois, os, coquillage
ou métal, les pendentifs, colliers, bracelets et brassards,
étuis péniens , ornements placés dans
les orifices du visage, coiffures, peignes et bandeaux,
mais aussi les amulettes et vêtements
cérémoniels, costumes de guerre ou de chasse, circonscrivent le monde masculin. Ils se retrouvent,
par ailleurs, sur les sculptures représentant
des personnages. Imposante statue en pied,
figure cultuelle ou pilier anthropomorphe d’un
lieu sacré . Ainsi, l’impressionnante pièce
des îles Salomon constituait l’un des poteaux de
soutènement d’un abri de grands bateaux, abri servant
de lieu de réunion des hommes. L’être représenté
tenant d’énormes poissons sous les bras n’est
pas un simple pêcheur. Figuré dans toute sa prestance,
il exhibe une sorte de mitre, des ornements
de nez et d’oreilles, des bracelets et un pectoral
fait à partir d’un coquillage.
Si par leur spécificité les parures peuvent marquer
la différence des genres – il arrive parfois
qu’un objet soit porté par les deux sexes – elles
permettent, en général, de distinguer des personnes
de haut rang. Ces accessoires sont donc
doublement efficients : d’une part, ils confirment
l’individu dans son statut et d’autre part
ils le qualifient par sa fonction politique et/ou
religieuse aux yeux du groupe. Ce processus
d’identification s’exprime selon des codes différents,
comme on peut le remarquer par exemple
sur des oeuvres liées aux arts de cour, telle
la figure bangwa (Cameroun) ou la sculpture
kuba (République démocratique du Congo). Ces pièces portent divers attributs royaux :
des bracelets, un collier et une coiffure. Celleci
correspond à une parure très spécifique des souverains
kuba.

BOYO -
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO -
Statue. Bois et pigments. H. : 88,3 cm -
Ancienne collection Nicolas de Kun -
puis Gustave et Franyo Schindler -
Collection particulière. © Photo : Courtesy of the owner.
Les ornements, extrêmement variables en nombre,
dimensions et matériaux, ont une caractéristique
commune : ils ne cachent pas mais au
contraire mettent en valeur la virilité et la
beauté des corps. À cet égard, le corset de perles
très ajusté que portent quotidiennement les
Dinka (Soudan) suggère l’intimité si ce n’est la
sensualité en soulignant la finesse de la taille,
la musculature du dos et le galbe du fessier. Sa
rigidité due à l’armature centrale assure un maintien
parfait, donnant de l’ampleur au buste.
L’agencement des rangs de perles présente une
certaine souplesse pour permettre la liberté des
mouvements. Bien extrêmement coûteux, le
corset constitue un véritable emblème. Les couleurs
des perles et leur assemblage diffèrent selon
les classes d’âge et indiquent ainsi quelle est
l’évolution des jeunes hommes.
Cette pratique d’embellissement du corps par le
port de vêtements s’accompagne souvent d’ornements
d’oreilles, de bracelets et de colliers et
se retrouve dans toute l’Afrique subsaharienne.
Le goût de ses habitants pour l’art de la parure y
est fortement développé.
L’omniprésence des ornements apparaît à travers
les récits de ceux qui, du XVIe au XIXe siècle, participèrent
aux voyages d’exploration des mers du
Sud, tels Louis-Antoine de Bougainville et James
Cook, qui avaient à leurs côtés des naturalistes,
des peintres et des dessinateurs. Avec ses voyages
longs et fructueux, Cook demeure sans nul doute
le plus grand explorateur du Pacifique ; ses observations,
de même que celles de ses compagnons,
constituent des témoignages ethnographiques
irremplaçables sur les peuples rencontrés et des
documents d’une grande valeur scientifique sur
la faune et la flore des terres visitées.
Le masculin
Ornements et vêtements attirent l’attention. Ils
permettent de susciter le regard des autres. Les
signes d’une masculinité nouvellement établie et
confirmée au sortir de l’enfance s’affichent en
diverses parties visibles du corps grâce aux scarifications,
aux tatouages – ces derniers étant largement
présents en Océanie par rapport à l’Afrique
subsaharienne – ou aux peintures éphémères
faites de quelques traits ou aplats noirs, blancs,
rouges, jaunes, tracés avec du charbon de bois,
du kaolin ou avec des mixtures végétales ou animales.
S’y ajoutent fréquemment des mutilations
plus ou moins importantes, perforations profondes
du nez, des oreilles et des lèvres par des
objets qui peuvent atteindre une taille impressionnante, tout particulièrement en Océanie ; le
cou, le buste, les bras et les jambes sont parfois
encombrés de multiples accessoires.
Mais ces images chargées de sens révèlent une
autre réalité qui se situe bien au-delà de la seule
recherche esthétique. Lors des rites d’initiation,
il est fréquent que l’on procède à la circoncision
ou que l’on effectue des actes plus lourds encore
telles les incisions de l'urètre. La réouverture régulière
des cicatrices permet aux hommes de saigner
périodiquement, rappelant ainsi les
menstrues féminines. En période de puberté,
puis à l’âge adulte afin de passer un ou plusieurs
grades au sein d’une confrérie, les initiés subissent
des épreuves souvent fort pénibles tant du
point de vue physique que mental. Se mettent
alors en place des obligations et des interdits qu’ils
doivent parfois respecter leur vie durant.
La valorisation du corps dans des contextes
rituels bien particuliers et sa «mise en beauté»
– qu’il soit nu ou habillé – s’accompagnent de
règles précises et répondraient avant tout aux
exigences du groupe. En témoignent des codes
vestimentaires, des plus élémentaires, comme
les étuis péniens, aux plus élaborés, telles les
amples tuniques et robes dont se drapent les
Hausa et quelques peuples qui leur sont proches.
Cette exposition se veut avant tout une exploration
de quelques aspects majeurs des identités
masculines dans les mondes africain et océanien.
Des exemples significatifs ont été puisés dans les
grandes aires culturelles de l’Afrique de l’Ouest,
de l’Afrique équatoriale et centrale, et pour le
Pacifique, au sein des milliers d’îles elles-mêmes
regroupées en trois entités de taille différente : la
Polynésie, la Mélanésie et la Micronésie.
Les pièces exposées, qui comptent nombre d’oeuvres
exceptionnelles, ont accompagné des individus
durant leur formation. Elles gardent trace
des expériences qui ont permis à ceux qui les ont
portées, utilisées ou approchées, d’acquérir les
qualités nécessaires à tout homme pour s’enraciner
dans sa société et en être reconnu comme un
membre à part entière.
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