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Robert Doisneau - Du métier à l’oeuvre |
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Le catalogue, publié en français par Steidl est accompagné d’une introduction d’Agnès Sire et d’une relecture mise à jour de l’étude que le critique d’art Jean-François Chevrier avait consacrée à Doisneau en 1983. Cet ouvrage présente un visage inédit du célèbre photographe qui prétendait "photographier pour survivre" ; l’oeuvre ainsi abordée prend un sens différent, par la sélection remarquable, exigeante et sensible qui est proposée. On percevra naturellement que c’est "ce sentiment d’insuffisance de l’enregistrement photographique (...) constitutif d’un art qui procède de l’émotion", qui, allié à un besoin de réalisme, fait la force des images de Doisneau.

Une grande complicité le liait à Henri Cartier-Bresson ; aussi enfantins l’un que l’autre dans
leurs rires, ils ne manquaient cependant pas de se consulter sérieusement dès que le métier
l’exigeait. "Notre amitié se perd dans la nuit des temps", écrivait HCB en 1995, "nous n’aurons plus
son rire plein de compassion, ni les réparties percutantes de drôlerie et de profondeur. Jamais de
redite, chaque fois la surprise. Mais sa bonté profonde, l’amour des êtres et d’une vie modeste, est
pour toujours dans son oeuvre." Ils n’avaient pas la même conception de la photographie, "l’imparfait de l’objectif" de Doisneau se conjuguant mal avec "l’imaginaire d’après
nature" d’un Cartier-Bresson, plutôt adepte de la rigueur, influencé par la peinture et le dessin et
hostile au recadrage. La revue "Le midi illustré", rapporte que lors des obsèques de Robert
Doisneau, "Cartier-Bresson a jeté dans la tombe de son copain une moitié de pomme, puis a croqué
l’autre dans un geste de communion profane", posture qui en dit long sur la fraternité simple des
deux hommes.
