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expo Mondrian
Mondrian Figuratif

Cézanne et les maîtres. Rêve d'Italie

Musée Marmottan Monet, Paris

Exposition du 27 février 2020 au 5 juillet 2020

L'exposition "Cézanne et les maîtres. Rêve d'Italie" présente le travail de Paul Cézanne en regard de chefs-d'œuvre des grands maîtres italiens du XVIe au XXe siècle.

La première partie de l'exposition est consacrée au dialogue que Paul Cézanne entretient avec les maîtres italiens des xvie et xviie siècles tout au long de sa vie. Lecteur de Virgile, d'Ovide et de Lucrèce dans le texte, infatigable visiteur des musées du Louvre et d'Aix-en-Provence, Cézanne – qui ne fera jamais le voyage en Italie – se tourne dès ses débuts vers les maîtres de ce pays.

L'influence de Venise est déterminante. Son hommage au plus célèbre élève du Titien, le Greco, dont il réinterprète La Femme à l'hermine (collection particulière), y fait référence. Pour autant, Paul Cézanne ne verse jamais dans la simple copie. Au contraire, il assimile l'art des musées pour créer une œuvre qui lui est propre. Il en dégage l'esprit et le modernise. Des peintres de la lagune, il étudie la touche. Le Portrait d'Antonio da Ponte d'après Bassano (Paris, musée du Louvre) et sa Tête de vieillard (Paris, musée d'Orsay) témoignent d'une même approche de la couleur. À Venise et à Aix, elle est l'élément clé dont émergent tout à la fois la forme, le volume et la lumière. Elle est la pierre angulaire de leur art. En ce sens, la couleur prime sur le dessin, elle le contient. Cézanne capte également l'emphase, voire le tragique d'un Tintoret. Ses toiles les plus violentes, exécutées à ses débuts, s'inscrivent dans ce sillon. Son Meurtre (Liverpool, Walker Art Gallery) a l'impulsion de la Déploration (Nancy, musée des Beaux-Arts) de Tintoret, sa Femme étranglée (Paris, musée d'Orsay) reprend, en l'inversant, le mouvement du corps du Christ de la Descente de Croix du même artiste (Strasbourg, musée des Beaux-Arts).

Exposition Paul Cézanne Paris
Paul Cézanne, Homme assis, 1905-1906 – Madrid, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza – © Madrid, Museo Naciona. Thyssen-Bornemisza


Le modèle napolitain l'inspire également. Les toiles sont plus silencieuses, empreintes de mystère, comme le montre le voisinage du Prophète en buste lisant du Maître de l'Annonce aux bergers (Bordeaux, musée des Beaux-Arts) et du Portrait de la mère de l'artiste (Saint Louis Art Museum). Toutefois, c'est à travers le modèle romain et Nicolas Poussin que Paul Cézanne élabore l'œuvre de la maturité. Dorénavant l'Aixois ne quitte plus le Midi, il embrasse le point de vue des classiques, leur modèle est le même : la nature et la lumière méditerranéennes. La Montagne Sainte-Victoire (Paris, musée d'Orsay) fait alors écho à la silhouette des monts Albains que Francisque Millet place dans son Paysage classique (Marseille, musée des Beaux-Arts). Château Noir (Paris, musée Picasso) et la carrière de Bibemus dialoguent avec les éperons rocheux du Latium tels qu'ils apparaissent dans le Paysage avec Agar et l'ange de Poussin (Rome, Galleria Nazionale, Palazzo Barberini). De fait, Cézanne partage avec Poussin le même désir de permanence; il veut «faire du Poussin sur nature». Ainsi les nymphes du Paysage de Bacchus et Cérès (Liverpool, Walker Art Gallery) et les figures du Moïse sauvé des eaux (Paris, musée du Louvre) préfigurent-elles les baigneuses sans que celles-ci les copient jamais. Empreintes du même équilibre classique, ces baigneuses résument la démarche de Paul Cézanne : «faire de l'impressionnisme quelque chose de solide et durable comme l'art des musées».

La seconde partie du parcours est dédiée à l'influence de Cézanne sur les peintres du Novecento. Soffici, Carrà, Boccioni, Morandi, Pirandello découvrent l'Aixois soit à Paris à l'occasion de la rétrospective posthume de 1907, soit en Italie où il est exposé dès 1908 et recherché des amateurs Egisto Paolo Fabbri et Charles Loeser, installés à Florence. Tous reconnaissent en Cézanne le passeur d'une certaine idée classique, un peintre de la permanence, et établissent un lien entre la solidité des primitifs italiens et le Français. Les Italiens rompent définitivement avec la peinture religieuse ou mythologique des anciens ; ils privilégient le dépouillement et la simplicité des thèmes cézanniens : paysages, figures et natures mortes. Le portrait d'enfant de Boccioni (collection particulière) fait écho à celui de Mme Cézanne (collection particulière). Cabanes sur la plage de Carrà (Turin, Galleria Civica d'Arte Moderna) et Paysage de Morandi (Aix-en-Provence, musée Granet) partagent l'atmosphère silencieuse, voire mystique de l'ultime chef-d'œuvre de Paul Cézanne, Le Cabanon de Jourdan (Rome, Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea). Les Cinq Baigneurs (Paris, musée d'Orsay) de l'Aixois offrent à Morandi en 1915 et à Pirandello en 1955 la matrice de leurs toiles sur le même thème. Enfin, les natures mortes de Morandi mises en regard de Nature morte, poire et pommes vertes (Paris, musée de l'Orangerie) résument à elles seules la portée métaphysique et silencieuse qui réunit l'œuvre de Paul Cézanne et celles des maîtres italiens du Novecento.

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