Afin d’honorer la volonté de Willy Ronis qui, dans les semaines précédant son décès —
survenu le 12 septembre 2009 —, imaginait lui-même une grande exposition à Paris pour
fêter son centenaire, le Jeu de Paume et la Monnaie de Paris se sont associés à la
Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, sous l’égide du ministère de la Culture et de
la Communication, pour concrétiser ce voeu de manière posthume.
«Willy Ronis : Une poétique de l'engagement» n’est pas seulement un
hommage à l’un des plus célèbres photographes français de renommée
internationale, mais a également pour objectif de dévoiler des aspects
inédits de son travail. Cette exposition, constitue un premier aperçu de la richesse de la
donation faite par Ronis à l’État français, et conservée par la Médiathèque de l’architecture
et du patrimoine. La sélection ici présentée — environ 150 photographies — s’organise
autour de cinq grands axes (non exclusifs mais récurrents), territoires d’observation entre
espace public et espace privé : la rue, le travail, les voyages, le corps et sa propre
biographie.
De nombreux clichés de Willy Ronis contribuent activement à l’élaboration du récit
humaniste qui se développe après la Seconde Guerre mondiale. Les rues de Paris, ses
quartiers populaires, les badauds, les enfants, les scènes quotidiennes sont autant de toiles
de fond sur lesquelles le photographe conjugue la poésie avec une volonté
sincère de «changer le monde».
Sa sensibilité aux luttes quotidiennes pour survivre dans un contexte professionnel et social
précaire montre que les convictions politiques de Ronis, militant communiste, ne s’arrêtaient
pas à capter çà et là une tranche de vie. Elles l’incitaient au contraire à un engagement
actif par la réalisation d’images sur la condition et la lutte ouvrières.Ces images trouvent un
écho particulier à la Monnaie de Paris, lieu industriel à fort caractère ouvrier où les salariés
ont de tout temps été les acteurs emblématiques des luttes sociales.
La tradition veut que l’on ait tendance à circonscrire la production de Willy Ronis au
territoire français. Pourtant depuis sa jeunesse Ronis ne cessa de voyager et de
photographier d’autres lieux. Il s’agit là d’une des facettes peu connues de
son travail que cette exposition voudrait mettre en avant. Certains de ces
voyages étaient le fruit du hasard, d’autres s’inscrivaient dans le cadre de projets concrets,
comme ses deux séjours répondant à une commande de l’Association française d’échanges
franco-allemands (EFA) en RDA. En 1967, à deux reprises Ronis s’est rendu en Allemagne de
l’Est, dans le but de «montrer une société ordinaire», semblable à la société française.
Le style de Ronis reste intimement lié à son vécu et à son propre discours sur la
photographie. C’est pourquoi il n’hésita pas à capter la vie des siens, qu’il s’agisse de son
épouse ou de son fils, manifestant par là – avec une certaine candeur doublée de nostalgie
– que son intimité participe elle aussi de cette poétique de l’universel dans le particulier.
D’ailleurs, la recherche de cette intimité des corps et des affects met très certainement en
tension une grande partie de son travail, des corps déambulant dans les rues aux nus
féminins, de l’usine au foyer. Corps et affects, décors et idées, gestes et actions se rejoignent
ainsi en un parcours visuel dans lequel les spectateurs du XXIe siècle seront
peut-être moins enclins à l’identification ou à l’empathie qu’à la fascination
née d’une véritable poétique de l’engagement.