La Galerie Cortex Athletico de Bordeaux consacre une exposition à Jennifer Caubet.
En construction, l’étai est une pièce de métal destinée à soutenir provisoirement une architecture.
Sur ce principe, Jennifer Caubet nous propose un « Espace d’Autonomie Temporaire» créé par la
présence d’un ensemble modulaire en aluminium. Pensée comme un jeu de construction télescopique,
cette sculpture se déploie dans l’espace, s’adapte à ces dimensions et le révèle. Selon les
lieux qui lui sont proposés, de nouvelles stratégies d’occupation de l’espace prennent forme. Exposée,
réexposée, en attente ou déployée, marquée par ces interventions, la sculpture E.A.T joue de
son potentiel de sculpture nomade.
Cette conception d’espace autonome est inspirée de l’architecture utopique des années 70, comme
les auto-environements d’Archigram, des suggestions théoriques de micro organisations autonomes
comme les TAZ et le principe qu’ont présenté Gilles Deleuze, et Félix Guattari dans leur Traité
de nomadologie : la machine de guerre. En ce sens, l’esthétique des sculptures n’est pas simplement
formaliste mais reste alimentée par des éléments puisés dans l’architecture précaire, le bâti,
et par le désir d’une stratégie d’occupation de l’espace qu’induit la construction.
E.A.T a été présenté à la Kunsthalle Basel, la Générale en Manufacture, la foire Access & Paradoxe
et le Crac Montbéliard.
"Mon travail questionne la matérialisation du désir utilitaire de la forme ou de l'idée. Ma recherche
se nourrit d'utopies artistiques et de symptômes idéologiques. Je m'intéresse principalement au
rapport que le construit induit sur le territoire et à la relation que la forme entretient avec des notions
de pouvoir, de défense, de prises de contrôle.
Construit de façon polymorphe, mon travail utilise principalement la sculpture et l'installation mais la
vidéo, l'animation ou le dessin assisté par ordinateur sont aussi des mediums qui l'alimentent. Dans
tous ces modes, j'entretiens un rapport à l'espace tout à fait particulier. Mes productions rendent
compte d'une rationalisation de l'espace et de la forme. L’architecture est l’un des premiers moyens
de structurer et organiser l’espace.
Ma fascination devant le principe même construction, le phénomène d’ériger et la conception d’un
environnement alimente mon travail.
Cependant mes sculptures montrent aussi la capacité qu’une production artistique a de transformer
l’espace, de créer de nouvelles situations. Pensées comme des kits ou des accessoire, mes sculptures
suggèrent le nomadisme, l'idée qu'elles puissent être un potentiel, un moyen d’appropriation
de l’espace. Cette potentialité implique l’idée de penser «la sculpture comme formes d’actions». De
plus en plus, mes sculptures ne revêtent pas un statut définitif dans leur mode de présentation. Elles
se veulent adaptables et se proposent de façons différentes dans chaque espace qui les reçoit.
Elles jouent sur le déploiement, la dispersion des éléments dans l’espace, et son inverse. Au-delà
d’être une simple recherche autour de la sculpture modulaire, ou amovible, elles revendiquent la
possibilité, la proposition, la diversité au sein d’un même principe et leur appartenance à un espace
temps."
Jennifer Caubet