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Léon Spilliaert

Biographie Léon Spilliaert

Le peintre belge Léon Spilliaert naît à Ostende le 28 juillet 1881. Il décède à Bruxelles le 23 novembre 1946.

A Ostende, le père de Léon, Léonard-Hubert Spilliaert, était connu non seulement comme parfumeur de luxe mais aussi comme fournisseur de la cour de Léopold II. Il baptisa ses parfums "Lipster", "Cuir de Russie", "Rococo", "Fleurs de Flandre" ou "Brise d'Ostende". Les flacons et emballages se retrouvent régulièrement dans les œuvres de Léon.

La mère de celui-ci, Léonie Jonckheere, était l'opposée de son mari : elle avait eu une éducation strictement catholique et était réputée pour sa volonté implacable, son orgueil et son obstination. Ils eurent ensemble sept enfants.

Léon vit le jour le 28 juillet 1881. Dès son plus jeune âge, il se montra quelque peu renfermé, introverti, sensible et rêveur. Il était intéressé par les arts plastiques, la lecture et l'écriture.

Durant ses années scolaires au collège Notre-Dame, il ne manifesta qu'une ardeur modérée pour les études malgré son intelligence. Ses cahiers étaient couverts de croquis étranges : son talent pour le dessin commença donc à se manifester très tôt.

Le petit Léon dessinait énormément ; il était très doué et passionné. Il avait également un insatiable appétit de lecture. Il a dû découvrir très tôt la littérature contemporaine, bien avant ses contacts avec Edmond Deman à Bruxelles. Sa préférence allait aux symbolistes et à Friedrich Nietzsche, (Spilliaert fait deux portraits de Nietzsche, l'un en 1900 et l'autre en 1901). Il était aussi un fervent adepte de la marche et de la nature : la mer, les forêts et la campagne jouent un rôle important dans son œuvre.

En 1900, Spilliaert se rend à l'Exposition universelle de Paris en compagnie de son père. Dans un rayon de quelques centaines de mètres, toutes les tendances de l'art européen de l'époque étaient représentées. Quoi qu'il en soit, cette visite semble avoir joué un rôle dans la manière dont Léon envisagea ses projets d'avenir. En effet, son père lui offrit en cadeau une boîte de pastels. Il utilisait ces pastels avec enthousiasme et conserva précieusement la boîte contenant les bouts de craies.

A l'âge de dix-huit ans il fréquente brièvement l'académie des Beaux-Arts de Bruges (1899-1900).

En 1902, il est engagé par l'éditeur bruxellois Edmond Deman (1857-1918) en tant que vendeur et responsable des relations avec le public.

Edmond Deman était non seulement un grand éditeur, mais aussi un fin psychologue et pédagogue, qui voulait donner une chance aux jeunes artistes qu'il estimait prometteurs.

De nombreux artistes, devenus célèbres plus tard, fréquentaient d'ailleurs sa maison.

Ainsi, il accrochait aux murs des tableaux de James Ensor, Georges Lemmen, Fernand Khnopff et Théo Van Rysselberghe pour attirer l'attention d'acheteurs potentiels. Il fit de même avec des tableaux de Spilliaert, mais avec moins de succès. On trouvait ses œuvres trop hallucinantes, trop sombres.

Une librairie était rattachée à la maison d'édition Deman, qui publiait des auteurs tels que Fernand Crommelynck, Maurice Maeterlinck et Emile Verhaeren, et vendait en outre des œuvres graphiques contemporaines, parmi lesquelles des lithographies d'Odilon Redon. Il possédait aussi de Redon une magnifique collection personnelle qu'il avait commencée dans les années quatre-vingts. Ces œuvres de Redon firent une impression profonde sur Spilliaert.

Edmond Deman introduisit Léon Spilliaert dans le milieu artistique bruxellois.

C'est également là qu'il découvrit l'œuvre des maîtres anciens et de jeunes peintres par le biais de reproductions et d'œuvres d'art exposées.

A son arrivée à Bruxelles, Spilliaert était très dépressif. Plutôt renfermé de nature, il nouait difficilement des amitiés et des contacts. Auprès d'Edmond, il trouva la compréhension et l'encouragement dont il avait tant besoin. Il fut invité à maintes reprises chez lui.

Spilliaert ne resta au service de Deman que jusqu'à janvier 1904. Dans une lettre du 18 janvier 1904 adressée à l'éditeur, il écrivit qu'il en avait assez d'attendre que la fortune lui tombe du ciel.

Fin janvier 1904, Spilliaert part à Paris. Il voulait y tenter sa chance auprès d'un éditeur ou d'un imprimeur de livres d'art et avait en poche une recommandation écrite d'Edmond Deman, dans laquelle ce dernier demandait à Emile Verhaeren (1855-1916) d'offrir à Spilliaert toute l'aide nécessaire. C'est en février 1904 que Spilliaert rencontra pour la première fois à Paris Verhaeren, qui habitait Saint-Cloud. Une grande amitié naît rapidement entre les deux hommes. Verhaeren acheta même quelques-unes de ses œuvres et lui fit rencontrer beaucoup de ses amis et plusieurs marchands d'objets d'art. L'un d'entre eux était Clovis Sagot, qui exposait à l'époque des œuvres de Pablo Picasso.

Spilliaert ne reste pas à Paris : dès novembre il rentre à Ostende. Peu après, il y devient membre collaborateur du cercle de lecture et d'art "De Dageraad".

Jusqu'à son mariage en 1916, il retourne chaque année à Paris pour de brefs séjours, et il rencontre entre autres Max Jacob et Pablo Picasso.

Le juriste Paul E. Janson, fut aussi l'un de ses premiers acheteurs. Léon fait la connaissance du dramaturge et poète Stefan Zweig. L'écrivain devient un grand admirateur de Spilliaert, lui achète plusieurs œuvres et l'introduit auprès du marchand Hugo Heller.

A vingt-quatre ans, Léon Spilliaert était encore un artiste inconnu en dehors du cercle gravitant autour de Deman et de Verhaeren, et il n'avait encore jamais exposé. Edmond Picard et Guillaume Van Strydonck, responsables de "Salons" consacrés à l'art contemporain et organisés dans le Kursaal d'Ostende, semblaient ignorer le talent considérable qui sommeillait au premier étage de la parfumerie située à quelques centaines de mètres. Comme Ensor, Spilliaert est absent des expositions organisées par le "Cercle artistique", fondé en 1908 à Ostende par Jan De Clerck.

Le 14 juillet 1908 paraît dans le journal ostendais "Le Carillon", un article consacré à Léon Spilliaert et signé "G. M.". II s'agit probablement du premier texte consacré à l'artiste avant même sa première exposition. "G. M." était le monogramme de Georges Marquet, directeur du Kursaal d'Ostende et propriétaire du journal.

La première exposition connue de Spilliaert remonte à 1908, lorsqu'il participe à une exposition estivale au Kursaal d'Ostende, qui débute le 21 juillet 1908. Cette exposition était organisée à l'initiative de Robert Picard.

Dans son article sur cette exposition paru dans le journal anversois "Le Méphisto", Emma Lambotte consacre quelques phrases aux œuvres de Spilliaert : "Quant au jeune dessinateur Spilliaert il expose des choses impressionnantes et comme hallucinées : femmes de plaisir aux mines hagardes, intoxiquées d'absinthe et d'amour; rampe à peine éclairée donnant sur la mer infinie ; grands cierges se consumant dans un édifice mystérieux."

Spilliaert participe au Salon de Printemps de 1909 à Bruxelles et envoie une dizaine d'œuvres vaguement définies dans le catalogue comme "lavis et dessins rehaussés", sans mention de titres. Le 6 février 1909, Léon Spilliaert écrit une lettre à Jean De Mot, le secrétaire de ce "Salon de Printemps" dans laquelle il lui fit la confidence suivante : "Jusqu'à présent ma vie s'est passée, seule et triste, avec un immense froid autour de moi." Quelques mois plus tard, le 22 mai 1909, il lui écrivit qu'Emile Verhaeren séjournait à ce moment à Ostende et qu'il venait admirer ses dessins.

En septembre 1909, l'auteur français François Jollivet-Castelot, un homme fantomatique qui s'intéressait aussi à l'alchimie et aux médecines parallèles (1874-1937), écrit : "Presque inconnu encore, renfermé dans une fière modestie et méprisant la réclame, le jeune aquarelliste ostendais Léon Spilliaert, est un grand, un très grand artiste".

Vers 1908-1912, Spilliaert avait noué avec Constant Permeke des liens d'amitié. Ils partagèrent un certain temps un atelier dans une mansarde. De là, ils observaient les allées et venues des pêcheurs sur le quai, dans les docks et dans le chenal du port.

Spilliaert était membre de quelques cercles artistiques. Il faisait entre autres partie du groupe "Les Indépendants". Comme James Ensor et Constant Permeke, il faisait également partie du groupe "Kunst van Heden" créé en 1905 à Anvers par François Franck. Spilliaert n'y adhéra qu'en 1927, assez tardivement dans sa carrière, mais il y exposa déjà en 1921 et en 1925.

La relation amicale de Spilliaert avec le scientifique de génie Robert-Bénédict Goldschmidt, lui inspire quelques œuvres fascinantes qui virent le jour au printemps 1910 : pièces de plus grand format en technique mixte représentant entre autres le dirigeable "Belgique II". Goldschmidt avait demandé à Spilliaert d'illustrer de manière artistique les essais de son dirigeable. Il réalisa quelques œuvres intrigantes représentant son hangar à Auderghem et le "Belgique II" durant différentes phases du vol d'essai. Des œuvres de cette série figuraient à l'exposition à la Galerie Georges Giroux en avril 1927. Robert-Bénédict Goldschmidt peut à juste titre être considéré comme un mécène de Léon Spilliaert. Il possédait au moins onze œuvres de l'artiste.

En 1912, Spilliaert expose plusieurs paysages, intérieurs et natures mortes avec le groupe "Le Sillon" et participe en 1912 au Salon "Doe stil voort".

Au Nouvel An 1912-1913, le galeriste bruxellois Georges Giroux organise une exposition intitulée "Les Bleus de la G.G.G.". Spilliaert y expose une vingtaine d'œuvres.

La même année, il fait l'illustration d'une couverture pour un numéro du journal d'opinion "Pourquoi Pas?" représentant le portrait du bourgmestre ostendais Liebaert. Quelques illustrations de sa main paraissent également dans la première série de la revue pacifiste de gauche "Haro !".

Le sculpteur allemand Alexander Oppler achète en 1913 une œuvre de Spilliaert : "Jeune fille et enfant". Oppler examina aussi les possibilités d'organiser une exposition Spilliaert à Berlin.

A l'âge de trente-quatre ans, en 1915, Spilliaert rencontre une jeune femme, Rachel Vergison. Ils se marient le 23 décembre 1916. Un mois avant le mariage, le 27 novembre 1916, Emile Verhaeren trouve la mort dans un accident ferroviaire à Rouen. Spilliaert fut très affecté par la perte de son ami.

Spilliaert tente de passer en Suisse avec sa femme pour fuir les désagréments de la guerre, mais leurs efforts échouent. En mars 1917, le couple s'installe à Bruxelles. Sa fille Madeleine naquit le 15 novembre de la même année. Elle occupera une place centrale dans la vie affective de Spilliaert.

En août 1920, Paul-Gustave Van Hecke et André De Ridder fondent à Bruxelles le groupe "Sélection" et ouvrent une galerie à la rue des Colonies le 10 octobre 1921. Le groupe défendait avec conviction les peintres tel que Léon Spilliaert, Fritz Van den Berghe, James Ensor, Gustave De Smet et Constant Permeke. Des œuvres de Spilliaert furent exposées à plusieurs reprises. Sélection éditait également une revue du même nom à laquelle collaborèrent Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara. Spilliaert conçut la couverture du numéro d'octobre 1920 et réalisa par la suite plusieurs illustrations éparses. La galerie de Sélection ferme ses portes dès 1922 en raison de difficultés financières, mais le groupe n'est pas dissous pour autant. La revue continue même de paraître jusque 1931, défendant, outre Spilliaert, l'école de Laethem et les expressionnistes.

Spilliaert fait également partie du groupe rattaché à la galerie "Le Centaure", fondée en 1921 par Walter Schwarzenberg.

Le Centaure exposait exclusivement des œuvres qui se différenciaient de l'art des Salons traditionnels. Spilliaert y expose en 1922. Dans la même année, il s'installe avec sa famille à Ostende.

En mai 1928, la famille déménage en face du parc Léopold, ce qui permit à Spilliaert d'observer à loisir les arbres. Son père mourut cette année-là.

A partir de 1937, ils passaient régulièrement leurs vacances dans les Hautes Fagnes. C'est le coup de foudre pour la campagne et les arbres.

Madame Storck, dont Spilliaert fait le portrait, lui achète pas mal de tableaux ; mais son principal mécène fut cependant Henri Vandeputte. Cet éditeur-poète prenait des œuvres de Spilliaert en consignation et essayait de les vendre à ses amis français. Sa maison de Saint-Jacques-les-Moulières non loin de Grasse dans le sud de la France, était remplie de ses œuvres. De 1925 à 1931, Vandeputte fut directeur artistique du Kursaal d'Ostende. Sa fonction lui permit de proposer à Spilliaert quelques expositions.

En mai 1932, les Spilliaert déménagèrent pour la dernière fois à Ostende. La même année, Spilliaert reçut une bourse de voyage de l'État. En compagnie de sa femme et de sa fille, il parcourt l'Italie, la Suisse et l'Autriche. Il réalise plusieurs œuvres au cours de ce long voyage, entre autres à Venise et dans les Dolomites.

En septembre 1935, Spilliaert et sa famille retournent pour la deuxième fois s'installer à Bruxelles. Madeleine put ainsi continuer ses études au Conservatoire royal de musique.

Spilliaert, comme d'autres artistes, adhère au groupe "Les Compagnons de l'art", fondé en 1937 par les frères Luc et Paul Haesaerts, tous deux fervents amateurs d'art.

Parmi les "compagnons" figuraient Jean Brusselmans, Hippolyte Daeye, Paul Delvaux, Gustave De Smet, Oscar Jespers, Constant Permeke, Edgard Tytgat, Fritz Van den Berghe et Gustave Van de Woestijne.

En 1942, en pleine guerre, les Spilliaert déménagèrent à nouveau, rue Alphonse Renard à Ixelles. Une grande exposition a lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1944.

Spilliaert décède le 23 novembre 1946 à Bruxelles, au terme d'une pénible maladie qu'il traînait depuis une dizaine d'années. Il fut enterré au cimetière de la Stuiverstraat à Ostende.

Mais il ne fut pas oublié. Très vite, une rue d'Ostende est baptisée à son nom et en 1964, on érige un monument à sa mémoire. Celui-ci fut inauguré par sa veuve, qui mourut en 1979.

Norbert Hostyn

Source : Exposition Léon Spilliaert, Paysages et arbres, Lancz Gallery, Bruxelles 2016

Expositions Léon Spilliaert (sélection)



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