A l’occasion du centenaire de la naissance de Rolf Liebermann et de la reprise à l’Opéra
des Noces de Figaro de Mozart dans la légendaire production de Giorgio Strehler, la
Bibliothèque nationale de France et l’Opéra national de Paris consacrent une exposition
dans les espaces de la Bibliothèque-musée de l’Opéra à l’un des plus grands directeurs de
théâtre du XXe siècle.
"Musicien" comme il se définissait lui-même, compositeur et directeur d’institutions musicales,
Rolf Liebermann (1910-1999) s’est taillé une réputation de "pape de l’opéra contemporain"
après avoir exercé les fonctions d’intendant général de l’Opéra de Hambourg, entre 1957 et
1972. Le succès qu’il remporte à la tête de ce théâtre encourage les pouvoirs publics français
à lui confier les destinées de l’Opéra de Paris auquel il s’agit de rendre un faste que certains
croient définitivement perdu.
Au travers d’une centaine de pièces – dessins, maquettes de décors, photographies, costumes,
programmes, documents audiovisuels, archives provenant des collections de la Bibliothèque
nationale de France, de l’Opéra national de Paris et du Centre national du costume de scène
de Moulins, cette exposition rend compte du mandat de Liebermann à l’Opéra de Paris (1973
-1980) qui demeure l’une des époques les plus brillantes du Palais Garnier. En effet, sous son
impulsion, le théâtre renouvelle son répertoire lyrique et chorégraphique tout en accueillant les
metteurs en scène, les scénographes, les chorégraphes et les interprètes les plus talentueux
du moment.
Une présentation de l’action administrative, artistique et politique de Rolf Liebermann à la tête
de l’Opéra de Paris permet d’évoquer les aspects les plus emblématiques de sa direction : la
commande de la partition de l’opéra Saint-François d’Assise à Olivier Messiaen, les discussions
avec les pouvoirs publics sur l’avenir de l’Opéra-Comique, les accords de coproduction signés
avec la Scala de Milan, la politique de démocratisation culturelle et de captation audiovisuelle
des spectacles, ou encore l’évolution de la structure juridique et administrative de l’Opéra de
Paris.
Les productions lyriques de l’ "ère Liebermann" – devenues mythiques pour un grand nombre
d’entre elles – constituent le coeur de cette exposition : Les Noces de Figaro dans la mise en
scène de Giorgio Strehler, Les Contes d’Hoffmann et Lulu dans celles de Patrice Chéreau, Pelléas
et Mélisande et Faust dans celles de Jorge Lavelli, Le Ring interrompu après La Walkyrie en raison
des difficultés économiques, Boris Godounov de Joseph Losey. Hommage est aussi rendu aux
grands interprètes invités par Liebermann : les chefs d’orchestre Karl Böhm, Pierre Boulez, Josef
Krips, Georges Prêtre ou Georg Solti, les chanteurs Gabriel Bacquier, Teresa Berganza, Régine
Crespin, Placido Domingo, Christiane Eda-Pierre, Christa Ludwig, Lucia Popp, Margaret Price,
Ruggero Raimondi, Frederica von Stade, Teresa Stratas, Kiri Te Kanawa...
Enfin, l’exposition s’attache à mettre en valeur l’oeuvre considérable de Liebermann dans le
domaine de la danse. Lors de sa direction, les grands ballets classiques, oubliés par la troupe
depuis le XIXe siècle comme Coppélia ou La Sylphide sont repris tandis que les ballets de Marius
Petipa, tel La Belle au bois dormant, entrent au répertoire de l’Opéra. Liebermann s’efforce
également de tisser des relations avec les chorégraphes de son temps : il invite George
Balanchine à plusieurs reprises, tout comme Merce Cunningham, Maurice Béjart, Roland Petit –
qui donne deux créations au Palais Garnier : Nana et Le Fantôme de l’Opéra – et surtout Carolyn
Carlson qui, au sein du Groupe de recherche théâtrale de l’Opéra de Paris (GRTOP), ouvre
l’Opéra à d’autres formes de danse. Lorsqu’il quitte ses fonctions, en 1980, Rolf Liebermann a
"sauvé" l’Opéra de Paris et laisse un théâtre au prestige renforcé et au répertoire enrichi.
L’Opéra de Paris reprend à l’Opéra Bastille Les Noces de Figaro dans la mise en scène de Giorgio
Strehler les 26, 28, 31 octobre et 3, 9, 11, 15, 18 et 24 novembre 2011, les 13, 17, 21, 23, 26, 28,
31 mai et 2, 5 et 7 juin 2011.