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Musée d'Orsay, ParisExposition du 29 juin 2010 au 30 janvier 2011
Le XIXe siècle français, période de transformations sociales liées à l’industrialisation et à
l’émergence du progrès technique, connut dans le domaine artistique le développement du
phénomène d’édition de la sculpture de bronze. Art de production en série, celle-ci fit des chefs-d’oeuvre
sculptés un plaisir accessible à la bourgeoisie, dont l'essor ouvrait des débouchés
commerciaux nouveaux.
Deux types d’innovations assurèrent la croissance de cette pratique : d’une part, l’invention
technologique d'Achille Collas dont la machine permet la réduction ou l'agrandissement mécanique
d’une sculpture, et, d’autre part l’institution du contrat d’édition. Dès 1850, l’édition de sculpture
avait un rythme quasi industriel qui ne cessa de s’amplifier tout au long du XIXe siècle pour,
finalement, s’essouffler au début du siècle suivant.
Pour manifester un certain art de vivre, les classes aisées s'offrent un petit luxe qui vient orner leur
intérieur cossu. Le bronze d'édition témoigne tout autant du "bon goût" que de la culture d'une
élite qui proclame son désir de légitimation vis-à-vis des plus hautes sphères sociales.
Les modèles des éditions sont multiples ; soit classiques - ils sont choisis parmi les chefs-d’oeuvre
des musées - soit contemporains. Bien souvent issues du Salon officiel, unique lieu de
reconnaissance pour les artistes, les oeuvres éditées sont celles ayant connu la plus forte
notoriété. Ainsi en est-il du génie de La Danse de Jean-Baptiste Carpeaux ou bien des scènes
populaires de Jules Dalou.

Jean-Baptiste Carpeaux, "Génie de la Danse n°3", d'après le modèle de 1867,
chef-modèle en bronze, musée d'Orsay, Paris
L’édition procède de la sorte : par la technique, un chef-d’oeuvre est décliné ; le contrat d’édition
assure à l’éditeur l’exclusivité de l’oeuvre. Par la suite, les exemplaires sont écoulés auprès d'une
clientèle privilégiée dont l’essor et le goût conditionnent le succès financier. L'enjeu pour les
fondeurs de bronze consiste à harmoniser l'ensemble de ces paramètres. Du côté des artistes,
l’édition représente un supplément financier non négligeable en même temps que la diffusion de
leurs sculptures.
Célèbre exemple de réussite, la fonderie Susse est une des plus importantes du XIXe siècle et
reste aujourd'hui le dernier grand nom en activité. Elle édita notamment nombre d'oeuvres de
Carpeaux et de Dalou grâce à la technique de la fonte au sable. Cette activité sera évoquée
notamment grâce à une cinquantaine de chef-modèles entrés dans les collections du musée en
1990. Ces modèles, démontables, servaient à établir les moules dans lesquels étaient coulés les
exemplaires destinés à la vente.
Réalisée par 16 élèves de première année de deuxième cycle de l'École du Louvre, sous la
direction de Catherine Chevillot, conservatrice en chef au musée d'Orsay, l’exposition s’insère
dans l’enseignement de muséographie. La réalisation par de futurs "professionnels de musées"
d’une exposition destinée au grand public et organisée dans un musée prestigieux est une
opportunité exceptionnelle.
Ce projet a conduit les élèves de l'École à travailler avec les différents services du musée et à
constituer un propos scientifique autour d’un ensemble de bronzes jamais présentés.
Composé d’étudiants issus d'horizons très variés, le commissariat de "Tous collectionneurs !"
revendique la richesse de son hétérogénéité (la moitié des élèves provient de l'union Européenne,
mais également du Canada ou du Japon) et exploite ainsi les vertus de cette diversité, base d’un
travail riche d’enseignements. Ils vous souhaitent une agréable visite !
Cette exposition est organisée par le musée d’Orsay et les élèves de l'École du Louvre avec la
collaboration du musée du Petit Palais (musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris), et de la
fonderie Susse.
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