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Alicia Framis |
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Basée à Barcelone et ayant beaucoup travaillé aux Pays-Bas, Alicia Framis conjugue avec talent les cultures du nord et du sud de l’Europe à travers des projets qui relèvent essentiellement de situations et d’expériences urbaines contemporaines.
Plus que des objets d’art, Alicia Framis s’attache à créer les conditions d’expériences et de situations inhabituelles. Elle a coutume de les réaliser avec le public, acteur momentané de ses actions ou de ses vidéos. À la limite d’une situation inquiétante, des acteurs improvisés y sont filmés, scrutés, isolés des autres et du cours des choses que l’on voit se poursuivre. Ces mises en scène aboutissent à une sorte de pétrification et deviennent alors propices à la réflexion sur les données fondamentales de l’existence : le quotidien, la réalité sociale, l’échange, les rapports humains, la solitude des êtres.
Particulièrement sensible aux problèmes induits par les modes de vie actuels
auxquels l’individu moderne est soumis, Alicia Framis construit une oeuvre qui enregistre de manière critique les comportements
en question tout en tentant d’apporter des éléments de réponse. Ses
propositions, sous la forme de vidéos, d’installations, de performances...
expriment clairement son engagement face aux situations jugées
inacceptables par elle : l’atomisation des individus et les procédures de
réification qui lui sont liées, le rôle dévolu de la femme dans le monde
actuel... Mais l’oeuvre d’Alicia Framis ne peut pas être pour autant
simplement qualifiée de militante. Transgressive, volontaire, empreinte d’une
vitalité exceptionnelle, elle est toujours habitée par le rapport de générosité à
l’autre et riche de multiples inventions poétiques.
"Cinema Solo" d’Alicia Framis a été conçu à partir d’un projet réalisé en 1996 et intitulé "Pour y habiter". En effet, cette année là, Alicia Framis a été invitée par le Centre d’art contemporain de Grenoble à résider pendant 2 mois dans un appartement inoccupé d’un immeuble de logements collectifs situé à la périphérie de cette ville. Face à une certaine difficulté d’adaptation et un sentiment profond d’insécurité, l’artiste a recherché un système de "codes personnels" lui permettant de se rassurer et de "satisfaire" son besoin d’intimité, d’affection et de compagnie.
"Le sentiment de bonheur le plus agréable est celui de toucher la peau qui qui recouvre le corps de quelqu’un que l’on aime". Aussi a-t-elle loué un mannequin de sexe masculin normalement utilisé pour les vitrines de magasin. A partir de ce moment là, Alicia Framis a vécu une véritable histoire de couple avec un mannequin. "La métaphore de son corps calmait les états d’anxiété propres à ma solitude volontaire..."
La vidéo et les images documentant cette expérience révèlent ainsi la vie "ordinaire" avec cet "être" de substitution et son "humanisation" progressive. Elles témoignent également de la vie dans ces banlieues dites "sensibles" que l’on caractérise souvent selon une perte du lien social et une déshumanisation des rapports entre les individus.
La résidence achevée, Alicia Framis s’est souvenu de la "Maladie de la mort" de Marguerite Duras qui décrit une situation strictement inverse à celle qu’elle a vécue du point de vue du masculin et du féminin. "Cinema Solo" est donc né d’un rapprochement entre des images - 36 photographies en noir et blanc de son expérience grenobloise juste épinglées au mur - et un texte - celui de Duras dont elle a réécrit 36 fragments dans un petit livret intitulé "Le Péril de la mort" que l’on retrouve posé sur les 18 chaises qui font face aux photographies.
Dans cette nouvelle version, c'est l'homme qui disparaît
à la fin de l'histoire. L'espace blanc et séparé du monde de Marguerite Duras est remplacé par la
réalité urbaine dans laquelle Alicia Framis à l'habitude d'intervenir. La place du spectateur
devient celle du narrateur qui en lisant l'histoire la relie aux images. Comment faire basculer le
réel vers la fiction ? Comment le geste artistique peut avoir un sens dans le réel ?
Plongé au coeur de cette installation, le spectateur se retrouve ainsi au centre d’un récit pluriel
qu’il peut réinterpréter à partir de son propre vécu.
