Le Kunsthaus Zürich présente l'exposition "De Posada à Alÿs. L'art mexicain de 1900 à aujourd'hui".
Le Kunsthaus Zürich présente des positions de la
création artistique mexicaine politiquement explosives. Point de départ, les
feuilles graphiques de José Guadalupe Posada, l'un des principaux artistes et
caricaturistes du Mexique au 19ème siècle. Son mot d'ordre «l'art contre la
violence» est d'une brûlante actualité, il est aujourd'hui suivi par de jeunes
artistes comme Francis Alÿs, Carlos Amorales et Teresa Margolles qui tirent
leurs idées des conditions sociales précaires, des différences extrêmes entre
les pauvres et les riches et de la violence qui règne dans de nombreuses
régions du pays. Leurs peintures, projections de diapositives et travaux
vidéos sont à la hauteur des scènes bouleversantes de Posada.
La création artistique au Mexique occupe une place particulière dans l'art
international des cent dernières années. Les artistes y associent de façon très
conséquente l'actualité à la question de l'identité culturelle. L'art pour l'art,
l'abstraction ou l'art conceptuel sont tout au plus des domaines périphériques
de leur production. L'exposition pose un regard critique, actuel, sur la vie
mexicaine, marquée depuis des décennies par les révoltes et les
dysfonctionnements. La réalité quotidienne est représentée de manière très
palpable aussi bien dans les gravures historiques et figuratives que dans les
oeuvres du 21ème siècle.
Les feuillets graphiques de José Guadalupe Posada (vers 1852-1913) sont le
point de départ mais aussi le point culminant de cette exposition. Parmi ses
créations les plus connues, il y a les «calaveras» ou caricatures en forme de
squelettes, notamment la «Calavera Catrina» datant de 1913, dans laquelle il
fait allusion, avec un sarcasme mordant et un humour très noir, à la classe
supérieure avant et pendant la révolution. La perfection technique des gravures
sur bois et sur linoleum, mais aussi des lithographies en noir et blanc, typiques
des artistes mexicains, est tout à fait remarquable. Les illustrations, qui ont été
utilisées pour la production de tracts d'opposition, sont considérées comme des
icônes de la révolution. L'observateur est confronté à des scènes
bouleversantes – de torture, de mort et d'expulsion. En plus des travaux de
Posada sont exposées les gravures de divers artistes du 20ème siècle, dont
Fernando Castro Pacheco (*1918), Leopoldo Méndez (1902–1969) et José
Clemente Orozco (1883–1949).
A cela viennent s'ajouter des oeuvres d'artistes contemporains comme Francis
Alÿs (*1959), Carlos Amorales (*1970) et Teresa Margolles (*1963), qui abordent
à peu près les mêmes thèmes que leurs prédécesseurs historiques. Ils
prennent position avec provocation et révèlent les conditions de vie précaires du
pays dans lequel ils vivent. Le belge Francis Alÿs traduit l'étroitesse des
perspectives de vie de la majorité de la population dans des paysages
monotones, sablonneux, sur lesquels viennent se greffer des affirmations
politico-poétiques. Teresa Margolles montre les traces de crimes de violence au
moyen de tanks à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Ce qui sort
comme de la brume du véhicule, c'est l'eau qui a servi à laver l'habit du cadavre
de la personne assassinée au bord de la route. Sur les rues imbibées par les
vies gaspillées, il reste un film humide, bientôt évaporé – il se volatilise comme
le souvenir des nouveaux crimes pratiqués chaque jour. Chez Carlos Amorales,
on retrouve l'influence récurrente du symbolisme mexicain. Utilisant une
technique voisine de celle de la gravure, il travaille avec les clichés du Mexique,
qu'il fait dialoguer avec les oeuvres de Posada. Un grand corbeau assis sur un
arbre, entouré de crânes, ensorcèle le visiteur.
Le Kunsthaus Zürich a proposé un regard très particulier sur le Mexique en
1959, en organisant une exposition exotique sur l'art précolombien, colonial et
contemporain de même que sur l'art populaire. La présentation de gravures
mexicaines, une niche dans la collection du Kunsthaus, conçue et aménagée par
la commissaire d'exposition invitée Milena Oehy, y fait écho. Une grande partie
des quelques 40 travaux exposés est présentée pour la première fois en Suisse.
La base de la collection de gravures mexicaines, d'où provient la sélection
présentée, est constituée par le legs fait par Armin Haab (1919–1991). Le
collectionneur privé a fait don à la Société des beaux-arts zurichois, dans les
années 1980, de ses 350 gravures mexicaines rassemblées pendant plusieurs
décennies. Elles se composent de lithographies, d'eaux-fortes, de gravures sur
bois et sur linoleum, entre autres. La collection Haab est unique en Europe et
donne un bon aperçu du développement de la gravure figurative au Mexique
entre 1847 et 1976.