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Olivier Babin
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Le travail d’Olivier Babin s’intéresse à la façon dont l’industrie culturelle, la communication, le marketing économique et politique s’approprient des formes directement issues de l’art abstrait, conceptuel et minimal.
Qu’il s’approprie directement des formes historiques ou qu’il rejoue ces formes à travers la culture populaire, les oeuvres d'Olivier Babin font toujours appel à l’humour et au déplacement pour créer des espaces d’autonomie, à la fois poétiques et désenchantés.

« "Body and Soul", c’est un standard de jazz, un blues.
"Nobody and Soul", c’est le titre qu’a choisi Olivier Babin pour son exposition, comme une promesse de
dérives entre la présence et l’absence, entre la matière et ses simulacres, entre le signifiant et le
néant, entre la jouissance et la mélancolie.
Avec sa spiritualité de pacotille, le "Pathfinder" accueille le visiteur, comme pour l’inviter à traverser
l’exposition en apesanteur, en quête d’on ne sait trop quoi. Celui-ci trouvera sur son chemin des
sémaphores qui pourront l’éclairer ou au contraire le confondre...
Comme cette immense toile circulaire, qui pourrait rayonner comme un soleil mais qui figure un smiley
triste, et dont le titre, "I’m Too Sad To Not Tell You", fait écho à la vidéo de l’artiste néerlandais Bas Jan
Ader, tout en en redoublant l’expressivité ("I’m Too Sad To Tell You" montrait l’artiste inexplicablement
en larmes, devant l’objectif de sa caméra) ;
comme cette peau de banane en bronze peint qui traine négligeamment sur le sol ("Slip Inside this
House"), réunissant à la fois une pureté toute moderniste et une allure toute ratatinée ;
comme ce graphique en plexi fluo rouge ("You and Me Together Fighting for Our Love") sur lequel la
lumière ruisselle, sorte de monument à la gloire de l’ultra-libéralisme, mais adapté à un format bureau
et issu d’un document trouvé (la cote de l’artiste américain Robert Rauschenberg) ;
comme "Lonely Cobalt Key," cette malette ouverte de représentant de commerce, renfermant des
échantillons de néon bleu cobalt, tel un ailleurs à emporter.
Olivier Babin construit ainsi un paysage ambivalent, psychédélique et lucide, dont l’indéniable
séduction se pare souvent d’une idiotie manifeste... Une sublime arnaque, un blues blanc, le récit
épique d’une âme solitaire enfermée dans sa chambre à manger du fromage. »
« "Inner Gas Serie", la pièce qui donne son titre à l’exposition, est à la fois un hommage et un détournement d’une oeuvre célèbre de l’artiste américain Robert Barry, intitulée "Inert Gas Serie (From a Measured Quantity to Indefinite Expansion)". En 1969, Barry lâcha 0,60 mètre cube d’hélium dans le désert de Mojave en Californie. Par la suite, il renouvela l’opération avec de l’argon, du krypton, du néon et du xénon ; tous ces gaz appartenant à la famille des gaz inertes (appelés encore "gaz rares") dont les particularités sont d’être incolores et inodores, de n’avoir aucune action sur les corps avec lesquels ils entrent en contact, d’exister en quantités infinitésimales dans l’atmosphère, et d’être utilisés pour différentes sortes d’éclairages.
En 2004, le jeune artiste français Olivier Babin rejoue la pièce de Barry.
Celui-ci fut un des pionniers de la "dématérialisation" de l’art dans les années 60 et de fait, nombre de ses pièces sont hantées par le vide ou le néant. Olivier Babin part à sa rencontre en redonnant de façon très ténue, symbolique, une certaine visibilité, une certaine matérialité à l’état gazeux, et en le resituant de surcroît à l’intérieur d’un espace artistique. Le
résultat est une série de mots en néon ultra blanc (les noms des cinq gaz inertes) accrochés à 3 mètres du sol. Seules sources de lumière dans l’espace, qui reste totalement vide par ailleurs, les néons de Babin clignotent lentement, semblant respirer comme de tranquilles fantômes.
Si trahison il y a, elle est douce et belle. »
« MONKEY BUSINESS, c´est une petite arnaque. MONKY BUSINESS, ce serait une petite filouterie camouflée sous une robe de bure. Adepte de jeux de mots, de ces petits décalages presque imperceptibles qui piègent le sens commun, Olivier Babin a conçu sa première exposition personnelle comme une sorte de mirage. Dans une ambiance austère, murs blancs, moquette blanche, la luminosité provient de fausses fenêtres dont les volets roulants laissent filtrer une lumière fragmentée immuable (Die sieben Tagen). Il y en a sept, comme les jours de la semaine, mais cette semaine-là ne se termine par aucun jour du seigneur : les instants ne passent pas, la lumière ne décline jamais. Le temps est suspendu. Pas de délivrance en vue, pas de perspective, aucune transcendance. C´est le temps d´après la fin des temps : il ne se passe rien, mais ça continue.
Dans ce paysage à la pureté naïve, un peu idiote, Olivier Babin distribue ici et là quelques signes qui empruntent leurs formes et leurs formats à des documents d´art conceptuel. Mais là encore, l’information est plus que minimale. Dans une série, trois petites affiches blanches ressemblent à des monochromes. Si l’on s´approche, on découvre, au bas de chacune, un texte qui continue de l´une à l´autre. Un discours fort énigmatique aux allures gnostiques qui n´est autre qu´un rapport de Donald Rumsfeld au sujet des armes de destruction massive en Irak. Une parole totalement absconse qui prétend néanmoins décider de l´avenir du monde (The Unknown (search & destroy edit)).
Une autre série (No Escape)est constituée de trois feuilles de papier blanc dont les inscriptions sont
gaufrées, sur le modèle de la!couverture de La disparition de Georges Pérec chez Gallimard.
Trois verbes (commençant évidemment par un E) évoquant la disparition au sens littéral apparaissent : END, ERASE, EJECT.
Dans un coin, seul point de couleur, on peut regarder L´Homme Inlisible, film sans image dont les bancs-titres
retranscrivent les dialogues de quelques chapitres de L´homme invisible de H.G. Wells. En bleu sur fond rouge,
difficilement lisible, une petite violence binaire qui vient perturber la quiétude apparente des lieux.
Dans ce grand nulle part, les indices sont parcellaires, les énigmes tournent à vide, les interrogations restent sans
réponses, et l´objet même de la recherche reste non identifié.
Entre cage à singe et cellule monastique, on en perd son latin. »
