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Chaim Soutine![]() |
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Les conditions de vie étant pénibles pour les Juifs sous l’empire russe, il y passe une enfance pauvre, dans les traditions et les principes religieux du Talmud. Son père gagne sa vie comme raccommodeur chez un tailleur.
Chaïm est le dixième de onze enfants. Timide, il se livre peu. Le jeune garçon préfère dessiner au détriment de ses études, souvent des portraits de personnes croisées ou côtoyées. La tradition rabbinique étant très hostile à la représentation de l’homme, le jeune homme est souvent puni. Il suit néanmoins des cours de dessin avec son ami, Michel Kikoine, qui partage la même passion en 1907, à Minsk, où il a été envoyé en 1902 comme apprenti tailleur chez son beau-frère.
Son cheminement le conduit en 1913 à Paris, alors fief et creuset de l’avant-garde européenne. Comme beaucoup de nouveaux arrivants juifs issus d’Europe de l’Est, Soutine s’installe dans le sociotope constitué par la communauté d’ateliers de La Ruche, et plus tard Cité Falguière, où il travaille aux côtés d’artistes tels que Marc Chagall, Amedeo Modigliani ou Jacques Lipchitz. Par delà ce cercle très restreint, Soutine demeure cependant largement isolé.
Alors que les mouvements du cubisme, du futurisme, du dadaïsme et du surréalisme, nés à Paris pour une partie d’entre eux, exercent leur bouleversante influence dans toute l’Europe, Soutine se montre comparativement fort peu impressionné par ces formes d’expression des temps modernes, et développe une peinture autonome et dense, révélant un degré jusque-là inconnu d’intensification émotionnelle.
Soutine, paradoxalement, est aussi visionnaire que traditionaliste: il n’exploite aucunement la liberté du sujet, pourtant l’un des acquis essentiels de l’époque moderne, mais se limite rigoureusement, sa vie entière, à la trilogie nature morte, paysage et portrait. Pas un thème de tableau de Soutine dont on ne soit en mesure de citer un exemple issu du 17e siècle. Il semble que les disciplines confirmées par l’histoire de l’art lui aient apporté la sécurité dont il avait besoin pour propulser sa peinture en territoires inexplorés.
En comparaison avec l’oeuvre beaucoup plus connue de ses amis et compagnons de route Amedeo Modigliani ou Marc Chagall, l’oeuvre de Chaïm Soutine se perçoit aujourd’hui encore sous l’angle de la découverte. Le Kunstmuseum de Bâle présente une exposition de l’ensemble de l’oeuvre de cet artiste, dans laquelle sa position picturale est appréhendée de manière nouvelle, sur le fond d’un vingtième siècle artistique considéré globalement.
L’exposition présente une soixantaine d’œuvres de Soutine. Les toiles de la collection Im Obersteg, conservées au Kunstmuseum de Bâle à titre de dépôt, en constituent le point de départ. La confrontation, riche d’enseignements, avec des tableaux des amis de Soutine – Modigliani, Chagall, Utrillo – et d’artistes tels que Picasso, Braque ou Munch, révèle simultanément de manière exemplaire le contexte artistique dans lequel évoluait Soutine. Même s’il est parvenu à des solutions picturales hautement autonomes, qui ne sauraient être
classées dans aucun mouvement, Soutine travaillait, ainsi peut-on en faire le constat, sur la toile de fond des mêmes questionnements artistiques que ses contemporains. L’exposition ébauche une nouvelle approche de Soutine, révélatrice du rôle de figure centrale qu’il a incarné, à la croisée de différentes tendances des arts de son temps.
