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Bibliothèque publique d’information / Centre Pompidou, ParisExposition du 21 mars 2012 - 21 mai 2012

"Self-Portrait with Maus Mask", 1989. © Art Spiegelman
Maus, seule bande dessinée à avoir obtenu le prix Pulitzer, est au centre de l'exposition que la Bibliothèque publique d'information consacre à Art Spiegelman. Conçue et inaugurée pour le festival d'Angoulême 2012, l'exposition présente pour la première fois à Paris l'oeuvre d'Art Spiegelman.
"Fidèle à sa vocation culturelle, la Bibliothèque publique d'information a conçu, en
partenariat avec le Festival International de la Bande dessinée d'Angoulême, une
exposition destinée à rendre hommage à l'oeuvre d'Art Spiegelman. C'est pour la
bibliothèque une occasion unique d'enrichir une programmation, déjà dense,
autour de la bande dessinée (rencontres dessinée, débats, performances,
ateliers…), centrée sur l'actualité et sur la mémoire contemporaine, attentive aux
multiples tumultes de l'Histoire et aux traces parfois sanglantes qu'ils inscrivent
dans la sphère internationale, et destinée à donner au public des clés de compréhension
du monde contemporain."
Emmanuèle Payen -
Service de l’action culturelle -
Commissaire déléguée pour la Bpi
Une rétrospective de bandes
dessinées, graphismes et débris divers
Que ce soit en qualité d'auteur de bande dessinée, d'illustrateur, d'éditeur ou de
critique, Art Spiegelman a depuis longtemps dynamité les frontières qui séparent
en apparence la culture savante de la pop-culture. À travers Maus, pierre angulaire
d'une forme de récit en images que l'on appelle parfois, à tort ou à raison, "roman
graphique", Spiegelman a prouvé par l'exemple que la bande dessinée
n'était pas condamnée au divertissement pour la jeunesse et qu'elle pouvait
aborder avec justesse et intensité un sujet aussi dramatique que l'Holocauste sans
renoncer à l'insolence ou à la subversion.
En dehors de Maus, somme monumentale récompensée en 1992 par un Prix
Pulitzer, l'oeuvre de Spiegelman se compose à la fois d'histoires courtes et
d'instantanés parus dans des revues underground ou dans des magazines
prestigieux, mais aussi d'illustrations pour la presse ou l'édition littéraire. Créateur
exigeant et perfectionniste, Art Spiegelman révèle, à travers ses images, tout
autant que dans le découpage de ses planches, un sens de la composition qui ne
cède rien au hasard. Auteur radical au style protéiforme, cet érudit de l'histoire de
la bande dessinée a toujours su adapter la forme de son trait à la justesse de son
propos. Il a en outre épousé avec intégrité le genre autobiographique, démontrant
que le métissage de mots et de dessins propre à la bande dessinée était un medium
à part entière et non un sous-genre, et pouvait exprimer les introspections les plus
intimes aussi bien que la littérature, les beaux-arts ou le cinéma.
En compagnie de son épouse Françoise Mouly, une jeune artiste française qui
venait de s'établir à New York, il a posé en 1980 une véritable bombe esthétique en
fondant RAW. Aujourd'hui encore, cette revue résonne avec la création actuelle
comme la déflagration tonitruante d'un manifeste en faveur de l'exploration de
toutes les facettes de la bande dessinée. Le sommaire de RAW réunissait en effet
des auteurs américains, japonais et européens, contemporains ou passés, qui
partageaient tous une très haute ambition dans le domaine du graphisme comme
dans celui de la narration. Par la modernité et l'audace de ses choix artistiques,
RAW a permis de changer le regard posé sur une forme d'expression trop peu
souvent considérée comme un art à part entière.
La variété thématique des projets d'Art Spiegelman lui permet de tirer le meilleur
parti des potentialités formelles et signifiantes de ce medium qu'il désigne parfois,
comme ses contemporains de l'underground américain, sous le nom de comix,
mais qu'il aime aussi appeler co-mix, évoquant ainsi le mélange des images et des
mots. Les travaux de Spiegelman révèlent non seulement une insoumission
révoltée et une urgence d'expression personnelle propres aux plus grands
créateurs, mais aussi et surtout une foi inexpugnable dans les potentialités infinies
de la bande dessinée. Car, si Art Spiegelman a consacré sa vie à mixer les images
et les mots avec tant de passion et d'inventivité, c'est, sans doute avant toute chose,
pour traduire les émotions et les pensées fondamentales qui le traversent.
Spiegelman, qui a refusé toutes les offres d'adaptation de Maus au cinema pour
préserver l'intégrité de cette oeuvre, se trouve et se raconte depuis toujours en
BD ; il rêve parfois même en bandes dessinées.
Benoît Mouchart -
Directeur artistique
du Festival de la Bande dessinée d’Angoulême
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