Geneviève Asse est, pour dire les choses clairement, parmi les plus grands peintres vivants.
Très rares sont ceux, en France en tout cas, qui ont poursuivi, à travers un XXe siècle semé
d’embûches, la voie de la peinture pure, sans protocole ni deuxième degré, sans plaisanter.
Avec une détermination inébranlable, une ambition et une sincérité aussi vastes que les
champs de lumière qui respirent dans ses tableaux, Geneviève Asse a élaboré un langage
abstrait qui n’appartient qu’à elle. La technique indéchiffrable de ses toiles presque
monochromes entraîne le spectateur, pour peu qu’il sache s’arrêter assez longtemps devant
eux, dans un véritable état de contemplation.
Loin de proposer une nouvelle rétrospective de cette production immense, toujours en
développement et impossible à embrasser d’un coup, l’exposition repose sur des choix
clairement arrêtés avec l’artiste. Les oeuvres les plus ambitieuses, formats gigantesques et
solutions radicales, incluant des peintures peu montrées, apparaissent comme une série de
manifestes. L’exposition insiste particulièrement sur les grandes oeuvres «blanches» qui ont
marqué la sortie de la figuration dès les années 1950, entraînant dans une coulée de lumière
les derniers vestiges de paysages et de natures mortes. La surface d’abord animée par
facettes, l’espace s’ouvrant à la manière d’une fenêtre ou d’une architecture, laissent place
progressivement à un champ pictural étrange, entre énergie vibrante et calme absolu. À la
sensualité de la matière, aux évocations irrépressibles des éléments naturels et des
atmosphères marines s’opposent la pureté irréelle des surfaces et la rigueur des coupures
horizontales ou verticales. Au fil des tableaux, on assiste à l’obtention, au sens presque
alchimique du terme, par l’artiste de sa propre couleur, ce bleu conquis progressivement au-delà du blanc, plus riche sans doute de lumière et d’esprit, et qui est devenu sa marque
immédiatement reconnaissable. L’une des clés de cette tension entre le monde sensible et
l’abstraction sévère réside dans la poésie, compagne permanente de l’artiste qui a rendu sur
ses toiles de magnifiques hommages aux poètes, de Samuel Beckett à Victor Ségalen, à qui
elle a dédié les sept immenses "Stèles" peintes entre 1992 et 1999, clôturant l’espace de
l’exposition pour mieux l’ouvrir.