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Les années 68

LAAC, Dunkerque

Exposition du 9 avril 2011 - 9 avril 2012




- Les années 68 - Séquence n°1 du 9 avril > 18 septembre 2011 - Parcours de l'exposition..

  • 1968, sous l’impulsion des étudiants parisiens, la France s’agite soudainement pendant un mois. Lassés d’une société traditionnelle, autoritaire et paternaliste, les jeunes dénoncent, parfois le Petit Livre rouge à la main, le capitalisme et le pouvoir gaulliste en place, tout en prônant la libération sexuelle et l’émancipation de la femme.

    Claude Dityvon, l’un des photographes français les plus importants de sa génération, lauréat du Prix Niepce en 1970, a photographié la crise de Mai 68 qui commença dans les rues du Quartier latin : barricades, pavés et cocktails Molotov sont les armes des étudiants contre les matraques et gaz lacrymogènes des CRS. Sa série de photographies noir et blanc donne à voir cette contestation étudiante. Les images témoignent du face-àface tendu des jeunes avec les forces de l’ordre, des prémices du mouvement jusqu’à son apogée, «la nuit des barricades», le 10 mai. La France est paralysée par une grève générale qui gagne le monde ouvrier et quasiment toutes les catégories de population. Cette grève reste le plus important mouvement social en France au XXe siècle.

    Pendant les événements, des affiches sont créées par l’Atelier populaire des Beaux-arts de Paris. Étudiants, ouvriers, syndicalistes et artistes collaborent à la réalisation d’affiches où sont mis en image les mots, les attentes et les révoltes de Mai 68 ; les slogans libertaires comme Engagez-vous ou À bas la société de consommation couvrent les murs parisiens. La majorité des affiches sont restées anonymes sauf quelques rares exemplaires comme Nous sommes tous des juifs et des Allemands, réalisée par Bernard Rancillac. D’un point de vue artistique, l’expérience de l’atelier populaire aura des conséquences auprès des artistes du mouvement de la Figuration Narrative. Gérard Fromanger profitera de la découverte de la technique de la sérigraphie transmise par son ami Guy de Rougemont, artiste plasticien et Eric Seydoux, sérigraphe. Politiquement très actif dès 1968, il réalise un ensemble emblématique de sérigraphies, l’album Le Rouge. L’élément de base est pour lui la photographie de presse ; par un dessin précis et simplifié, de grands aplats de couleurs pures et une gamme chromatique restreinte, les êtres humains représentés deviennent anonymes et impersonnels, isolés dans la foule. Film-tract n° : 1968, fruit de la collaboration entre Fromanger et Jean-Luc Godard, est la version filmique d’une affiche créée par le peintre dans le cadre de l’Atelier populaire de l’École des Beaux-Arts. Pour Asger Jorn, art et politique sont liés ; il réagit lui aussi aux événements de mai en réalisant quatre affiches griffonnées de slogans avec des fautes d’orthographe délibérées comme «Vive la révolution pasioné».

    Sont également présentées les couvertures et des doubles pages de périodiques contestataires, comme Action ou L’Enragé, apparus en mai 68. Elles permettent de mesurer les liens avec la caricature militante et de préciser le récit des événements.

  • Durant la seconde moitié des années 1960, certains intellectuels français suivent avec attention la révolution culturelle chinoise, le conflit israélo-arabe, la mort de Che Guevara, les événements de Mai 68, les luttes antiapartheid… Par ailleurs, l’abstraction en France semble avoir atteint ses limites; l’image envahit les médias et va progressivement engendrer une nouvelle esthétique. Les artistes de la Figuration Narrative, Rancillac, Télémaque, Arroyo, Monory ou Cueco, révoltés par la société de consommation, dégoûtés par l’esthétisme bourgeois, cherchent à faire reconnaître la validité d’une peinture militante. L’abstraction en France semble avoir atteint ses limites; l’image envahit les média et va progressivement engendrer une nouvelle esthétique. Ils associent alors la peinture aux images notamment celles produites par la société de consommation, tout en mettant en scène l’objet ou l’être humain et en dénonçant son aliénation ou sa perte d’identité.

    À partir de photos personnelles et banales, Adami découpe, agrandit, manipule et détourne le sens des images; les aplats de couleur et les cernes font référence à la bande dessinée. L’utilisation de l’épiscope, qui projette l’image sur la toile vierge, permet à de nombreux artistes de réaliser des oeuvres d’un réalisme incisif et de rompre avec la peinture gestuelle et matiériste de l’École de Paris. Toujours à partir de documents photographiques, Jacques Monory travaille l’image en uniformisant ses peintures dans un camaïeu de bleus, la couleur du rêve et celle du passé filtré, créant ainsi une distance par rapport à la réalité. Le discours de Bernard Rancillac est plus directement engagé politiquement ; pour lui la photo de presse se substitue à la réalité : «nous vivons par image interposée». Son indignation devant la guerre du Vietnam s’exprime dans la peinture Kennedy, Johnson, Nixon et le lieutenant Calley sur le chemin de My-Lai, qui illustre le massacre gratuit d’un grand nombre de Vietnamiens par un commando américain, massacre ayant suscité une grande émotion dans le monde. Les thèmes de ses oeuvres s’étendent des événements politiques aux manifestations culturelles et sociales. À partir d’une photographie noir et blanc de Richard Avedon représentant Allen Ginsberg, nu, Rancillac réalise le portrait du poète contestataire qui partage son engagement et ses idées révolutionnaires. Il opère un recadrage et utilise la technique de la sérigraphie: le rouge renforce ici le caractère révolutionnaire de l’oeuvre et du poète. Allen Ginsberg est confrontée aux formes délirantes et aux couleurs «flashy» de Skool of Hard Nocks de Peter Saul, inspirée des comics, véritable manifeste pour l’égalité des noirs ; on y voit Mohamed Ali et Angela Davis qui s’échappent de la prison de San Quentin.



  • Dans un monde en plein bouleversement, l’art se trouve confronté aux objets de la vie quotidienne et à la production en masse. Pour les Nouveaux Réalistes, l’objet est la matière même de l’oeuvre. L’esthétique de l’objet que développe Arman offre une lecture sociologique de notre société de consommation dans sa col lecte de rebuts comme dans ses accumulations de robinets. Arman déclare: «Je suis un témoin de mon époque » et précise : «Ce sont les décharges multiples qui peuvent le mieux renseigner sur la vie quotidienne.» Après la réalisation de ses « Compressions », César s’intéresse aux propriétés physiques et chimiques des matériaux, et réalise Valise expansion d’où se répand de la mousse de polyuréthane qui se solidifie sur le sol. La valise est à la fois un objet-support et un objetcontenant submergé par son contenu. Peter Stämpfli puise ses sources iconographiques dans les images publicitaires et s’intéresse à l’un des objets les plus représentatifs de la société de consommation : la voiture. À partir de 1968, il peint exclusivement des fragments de roues, des traces de pneus. La roue de voiture de Impala Sport Sedan est agrandie, recadrée, et isolée de son contexte. Le sujet et la technique de cette peinture rapprochent Stämplfli des artistes du Pop Art américain. Andy Warhol poursuit sa réflexion autour des emblèmes de la société de consommation. «Car Crash» qui reproduit la photographie d’un accident de voiture publiée dans un quotidien, traduit son obsession de la mort. L’artiste multiplie les images sérigraphiées, créant ainsi un effet de dynamisme qui s’oppose à l’arrêt sur image.

    «Les années 1968» sont aussi un tournant pour les femmes. C'est l’apogée du mouvement de la libération des femmes qui rejette l'ancienne image de la ménagère. La femme s'émancipe et remet en question certains poncifs tels que le mariage, l’instinct maternel, la dépendance financière et la soumission au pouvoir masculin. La femme exhibe son corps pour attirer l'attention et peut être à la fois une déesse antique et une pin-up pour Gianni Bertini. Un certain érotisme se dégage également de l’oeuvre de Roger Frézin, Le Sexe surgelé.

  • Fondé à la fin des années 1960, le mouvement Supports/Surfaces marque un réel tournant dans l'histoire de l'art. Il questionne le statut de la peinture en tant qu'objet et matériaux et dénonce les surdéterminations économiques et idéologiques de la peinture. Les oeuvres se présentent donc comme les produits d’une rupture violente et radicale avec l’art traditionnel. Le tableau ne délivre plus aucun message et ne représente plus rien d’autre que sa propre matérialité, c’est-à-dire la toile, le pigment et la forme, afin d’approcher au mieux la réalité de l’oeuvre et de retourner aux origines de la peinture. Le sujet étant évacué, la peinture est neutre. Claude Viallat et Noël Dolla se donnent pour ambition de remettre en cause les supports traditionnels de la peinture : le châssis ou la toile. Viallat emploie des matériaux de récupération, toiles de bâche, tissus divers, cordes, et décline ses oeuvres autour d’une forme unique, découpée, trempée dans la couleur puis pressée telle une empreinte, comme 1974-CF-3-4-1977. Noël Dolla, expérimentateur et inventeur de techniques, choisit pour la réalisation de Sans titre, le trempage de tarlatane. Ce matériau de coton, traité à l’amidon de riz, présente toutes les qualités de la toile à peindre, trempé sous forme cylindrique: l’oeuvre peut être aussi bien exposée enroulée que tendue dans sa totalité. L’empreinte est également exploitée par Christian Jaccard dans ses toiles calcinées; elle n’est plus le résultat d’une trace de couleur ou d’une impression mais celle de la combustion du matériau. À chaque fois, le processus de création est simple: une couleur, un support, un geste impersonnel. Dans une approche voisine de celle du groupe Supports/Surfaces, Jean-Michel Meurice trace des lignes qui correspondent pour lui «à la manière la plus simple et la plus objective de tracer un geste ou de déposer la couleur sur une surface ». L’ensemble de ses oeuvres interroge ainsi notre façon de regarder et de définir la peinture.

    En écho aux affiches de Mai 68, le cabinet d’arts graphiques réunit des affiches de la San Francisco Poster Brigade, conçues entre 1975-1981 par les artistes Rachel Romero et Leon Klayman. Ces affiches ont été réalisées en réaction au durcissement de la stratégie militaire et nucléaire des États-Unis (renforcement de l’armement, augmentation des budgets), à la position trouble de la diplomatie américaine notamment vis à vis des dictatures sud-américaines et à la montée, dans un contexte de guerre froide, d’un sentiment de nationalisme religieux exacerbé. Dans les années 1980, coïncidant avec l’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, Rachel Romero et Leon Klayman lancent un appel aux artistes et poètes du monde entier, leur demandant d’apporter leur contribution au «San Francisco Brigade Show»; appelant ouvertement à combattre les risques d’une troisième guerre mondiale, cette exposition parcourut les États-Unis, de New York à l’Arizona en passant par Los Angeles. L’appel fut très largement entendu: plus de 2 000 images et poèmes d’artistes en provenance de quarante-cinq pays furent ainsi rassemblés par la San Francisco Poster Brigade et présentés à travers le pays.

    Les affiches de la San Francisco Poster Brigade sont pour la plupart des linogravures ; très incisives, elles affirment que l'art n'est pas un produit, une marchandise mais une porte à la transformation de l'individu et de la société. Elles dénoncent sans réserve les destructions nucléaires, les guerres, la société de consommation et l’avarice croissante des sociétés multinationales. Prônant des valeurs de liberté et de solidarité, elles militent pour l’épanouissement des individus et la défense de leurs droits et font l’apologie d’un esprit critique toujours plus aiguisé.

    Dans le même temps, sont présentées deux affiches contre la guerre du Vietnam, l’une dessinée par Roberto Matta, l’autre par quatre artistes, Roberto Matta, à nouveau, associé à Édouard Pignon, Alfred Manessier et Paul Rebeyrolle. En parallèle, est réuni un ensemble d’affiches révolutionnaires réalisées à Cuba notamment par d’anciens réfugiés politiques espagnols. Clamant la nécessaire libération des peuples du joug des dictateurs, ces dernières, aux couleurs vives et expressives, sont souvent influencées par l’esthétique pop.



    - Les années 68 - Séquence n°2 du 8 octobre 2011 > 8 janvier 2012 - Parcours de l'exposition.

  • Robert Malaval est né en juillet 1937 à Nice. Il met fin brutalement à ses jours en août 1980 à Paris, dans son atelier et accompagne sa mort d’un air de Richard Hell, chanteur, bassiste et poète américain, très influent dans le mouvement punk.

    Une vie baignée de peinture et de musique, l’une ne pouvant revêtir de sens sans l’autre.

    Lui qui affirmait que son peintre préféré était « Beethoven », n’a eu de cesse d’expérimenter et d’entremêler la musique et l’art pictural. Après une période blanche faite de papier mâché, « L’aliment blanc », Robert Malaval s’adonne à l’expérience du mauve, du rose et des couleurs pastel, inspirées par les paysages champêtres. Il se plie à une discipline de fer, cherchant derrière le point répété sur le support, comme une partition musicale, un message dissimulé, une révélation. Peut-être pourrait-il ainsi découvrir le mystère de l’art ?

    Dès les années 1960, le rock se révèle être une réelle source d’inspiration pour l’artiste et devient le moteur de ses créations. Dans sa série des « Rock Prints » Malaval reprend à son compte l’image de figures majeures du rock comme les Rolling Stones. Il réalise ainsi 7 sérigraphies, après avoir vainement tenté de faire éditer un ouvrage avec photos et traductions de certaines chansons.

    Les années 1970 voient renaître la ferveur artistique de ce passionné. Malaval découvre alors les paillettes, cette « poussière d’étoile », qui envahira ses toiles comme Magnéto ou encore Étincelle, présentées dans l’exposition. Au départ discrètes, les paillettes sont utilisées par l’artiste comme un pigment qui enrichit la matière, la nature de la couleur qu’il choisit. Toile après toile, les paillettes se font de plus en plus présentes, jusqu’à devenir peinture elles-mêmes. Les proportions s’inversent ; la couleur passe au second plan pour mettre en valeur la matière jetée à la volée, telle une nuée d’étoiles célestes, sur le tableau. Par cette série d’oeuvres, l’artiste illustre sa quête de l’instabilité, du changement.

    La réalisation de ces oeuvres coïncide avec une période où prises de drogue et d’alcool sont de plus en plus fréquentes dans le quotidien de l’artiste. Robert Malaval tente, par l’absorption de stupéfiants, de repousser corps et esprit à leurs limites ultimes, d’entrer dans un état de transe et d’abandon qui lui permette de stimuler son énergie créatrice, de multiplier les expériences artistiques et d’explorer certains modes de conscience par l’altération des perceptions sensorielles. Il se rapproche ainsi de la démarche des artistes psychédéliques.

  • Le vent de liberté qui souffle sur les années 1960 donne naissance à de multiples mouvements. Parallèle à l’émergence du mouvement hippie, le psychédélisme réunit de nombreux adeptes ; au coeur de leurs préoccupations, la recherche de perceptions sensorielles (auditives, visuelles…) par l’effet de drogues ou de substances hallucinogènes.

    Le psychédélisme a donné lieu à des formes artistiques très variées dont l’art de l’affiche, né dans les années 1960 à San Francisco. Les affiches sont pour la plupart conçues pour des concerts de groupes de rock tels Jefferson Airplane et Grateful Dead ou des musiciens comme Jimmy Hendrix.

    Plus d’une douzaine de graphistes réalisent ainsi, dans les années 1960-70, des centaines d’affiches pour ces événements musicaux. Leur style, principalement influencé par l’Art nouveau est reconnaissable par le foisonnement des couleurs souvent « flashy » et par des formes ondulantes qui se reproduisent à l’infini. Parmi les plus célèbres de ces graphistes-affichistes, figure Wes Wilson, considéré comme le leader des affichistes psychédéliques, premier à avoir réussi à intégrer le psychédélisme dans l’art. On retrouve dans ses oeuvres l’inspiration d’Alfons Mucha, de Gustav Klimt ou encore d’Egon Schiele desquels il emprunte la profusion de motifs floraux ou d’arabesques et la représentation sensuelle de la femme.

    Dans l’exposition, seront présentées, en regard des oeuvres de Robert Malaval, des affiches sérigraphiées réalisées entre 1966 à 1969 par les graphistes suivants : Wes Wilson, Herb Greene, Clifford Charles Seeley, Bonnie MacLean, Lee Conklin, Bob Schnepf, Thomas Weir, Victor Moscoso, Carson-Morris Studios, San Andreas, Fault. Par ailleurs, les pochettes de vinyles ont constitué en tant que tel un espace d’expression privilégié pour les artistes psychédéliques ; elles trouveront, à ce titre, leur place dans le parcours de l’exposition.

  • Né dans les années 1950 aux États-Unis, le mouvement Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique dont les figures majeures sont William Burroughs, Allen Ginsberg ou encore Jack Kerouac qui décerna son nom au mouvement, l’expression « Beat Generation » désignant à l’origine son cercle d’amis. Le terme devait ensuite se perpétuer et entrer dans la légende.

    Ces trois écrivains sont à l’origine du mouvement. En quête de nouveaux horizons, ils fréquentent des drogués et des délinquants ; ceux-ci entrent dans leur cercle et les incitent à tenter des expériences sensorielles et/ou artistiques, stimulées par l’absorption de drogues et de stupéfiants. Ce monde devient leur source de création et leur ouvre les portes d’un nouveau mode de pensée, libre et sans entraves. Leur quête de liberté, de simplicité et de spontanéité les conduit à expérimenter une écriture quasi automatique qui donnera naissance à des chef-d’oeuvres tel le roman Sur la route de Kerouac ou le poème Howl de Ginsberg.

    Les artistes de la Beat Generation, comme tous ceux qui par la suite se reconnurent dans cette mouvance, rejetaient le modèle de la société organisée selon des valeurs traditionnelles : rejet d’une société installée dans la guerre froide et la course sans fin à l’armement, tournée vers le conflit et l’horreur plutôt que vers la paix ; rejet suscité par le constat édifiant des horreurs commises lors de la dernière guerre. Cette répulsion les conduisit à une véritable rébellion contre les systèmes en place.

    De ce refus de la société de l’époque, de son matérialisme, de son hypocrisie ou de son conformisme, est né un nouvel élan, un nouveau socle de valeurs fondé sur l’humanisme, la sincérité des relations humaines, un retour aux choses vraies et par extension, un rapprochement avec la nature menant à une réflexion sur le devenir de l’homme et le sens de son existence.

    C’est principalement par le biais d’oeuvres de Bernard Rancillac que la Beat Generation sera illustrée au travers des représentations des figures emblématiques, Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg ou encore Janis Joplin. À remarquer tout particulièrement, Allen Ginsberg, oeuvre de Bernard Rancillac conservée dans les collections du LAAC, réalisée à partir d’une photographie noir et blanc de Richard Avedon. Bernard Rancillac choisit de réaliser un portrait de cet écrivain duquel il partage les idées contestataires et l’engagement politique. À partir de l’entrecroisement de deux plaques de plexiglas sur lesquelles a été sérigraphié le portrait du poète, Rancillac recrée un volume, proche de la sculpture, jouant sur l’effet d’apparition et de disparition du visage de Ginsberg selon l’endroit où se place le spectateur. Par le choix de la couleur rouge, enfin, Rancillac renforce le caractère révolutionnaire de l’oeuvre ainsi que celui du poète qu’il choisit de représenter.

  • Né en 1959-1960 et nommé d’après le disque d’Ornette Coleman “Free Jazz: A collective Improvisation » (1960), le Free Jazz est l’une des nombreuses variantes du jazz. Joué la plupart du temps par de petits groupes, ce mouvement musical a pour maître mot l’improvisation. La composition des morceaux est moins structurée que dans le jazz classique ; le mètre est irrégulier avec de très fortes variations de rythme. John Coltrane, Ornette Coleman, Eric Dolphy comptent parmi les figures majeures de ce style musical. Dans une oeuvre de Bernard Rancillac, c’est Archie Shepp, cofondateur du Free Jazz avec Cecil Taylor au début des années 1960, qui est mis à l’honneur, jouant un air de son instrument de prédilection : le saxophone.

    Le Free Jazz explore et retourne aux sources de la musique noire, le blues ; il introduit énormément de percussions ou de rythmes aux consonances africaines. Cette musique a d’ailleurs constitué un moyen d’expression des revendications sociales des musiciens noirs. Elle rejoint ainsi des mouvements vindicatifs comme les Black Panthers, auquel l’artiste Peter Saul fait référence dans son oeuvre emblématique, Skool of hard nocks.

  • Durant la seconde moitié des années 1960, certains intellectuels français suivent avec attention la révolution culturelle chinoise, le conflit israélo-arabe, la mort de Che Guevara, les événements de Mai 68, les luttes anti-apartheid… Par ailleurs, l’abstraction en France semble avoir atteint ses limites ; l’image envahit les médias et va progressivement engendrer une nouvelle esthétique. Les artistes de la Figuration Narrative, Rancillac, Télémaque, Arroyo, Monory ou Cueco, révoltés par la société de consommation, dégoûtés par l’esthétisme bourgeois, cherchent à faire reconnaître la validité d’une peinture militante. Ils associent alors la peinture aux images notamment celles produites par la société de consommation, tout en mettant en scène l’objet ou l’être humain et en dénonçant son aliénation ou sa perte d’identité.

    Le discours de Bernard Rancillac est très engagé politiquement ; pour lui la photo de presse se substitue à la réalité : « nous vivons par image interposée ». Son indignation devant la guerre du Vietnam s’exprime dans la peinture Kennedy, Johnson, Nixon et le lieutenant Calley sur le chemin de My-Lai, qui illustre le massacre gratuit d’un grand nombre de Vietnamiens par un commando américain, massacre ayant suscité une grande émotion dans le monde. L’oeuvre Enfin silhouettes affinées jusqu’à la taille fait quant à elle écho aux tortures infligées par les soldats américains aux vietnamiens. Face à l’horreur, Rancillac a recours à l’un de ses procédés habituels : il crée un contraste saisissant entre deux scènes. Ici, il utilise une publicité vantant les mérites et le confort de sous-vêtements féminins et insère à sa toile, en contrepoint, des images de torture. Le jeu de couleurs acides, voire agressives, renforce ce contraste saisissant.

  • Sera également évoquée la place de la femme au sein de cette société. Dans cette course effrénée à la consommation, les femmes, elles aussi, revendiquent une nouvelle place et vont au front pour mener leur révolution. Tabliers et casseroles de la ménagère sont ainsi relégués au rang de témoins d’un passé révolu. Le combat des femmes marque un véritable tournant dans l’histoire de leur condition et, après des siècles de soumission au modèle patriarcal, elles accèdent peu à peu à leur émancipation. Elles cheminent lentement vers une égalité politique, assistent à la démocratisation de méthodes contraceptives, accèdent aux études universitaires et, pour certaines, à des responsabilités professionnelles.

    Revers de la médaille, l’image de la femme est de plus en plus mise à mal par la publicité. La « femme-objet » s’expose, s’affiche et devient un faire-valoir qui fait vendre. Les artistes exploitent cette nouvelle méthode de communication et interrogent le rôle joué par l’image du corps féminin dans la société. Les oeuvres de Bernard Rancillac offrent deux niveaux de lecture. Ainsi, dans Mélodie sous les palmes, Bernard Rancillac représente une jeune tahitienne à l’allure sensuelle, vêtue de son paréo, la main posée sur la hanche. Cette évocation d’un paradis lointain, d’îles exotiques fleurant bon le monoï, est renforcée par la présence d’un palmier et de noix de coco au second plan. La sensualité de cette représentation dénote cependant avec la présence du bombardier qui introduit une dimension politique inattendue. Ce bombardier américain s’apprête à pénétrer et à saccager ce petit coin de paradis tranquille… Une fois de plus, dans une seule et même toile, Bernard Rancillac fait dialoguer deux facettes de la société contemporaine : l’une, légère, détachée des choses et invitant à la langueur, l’autre, violente et invitant à l’indignation.

    Gianni Bertini réinterprète quant à lui l’image de la « pin-up » dans Légèrement dans l’Air. La jeune femme représentée répond aux canons de la beauté moderne et le fait que son corps, aux formes idéales, soit constitué d’éléments mécaniques ancre cette jeune femme dans son époque. Son attitude est paradoxale : elle aguiche le spectateur en soutenant son regard tout en gardant une certaine pudeur.

    L’inscription d’éléments mécaniques se retrouve dans l’oeuvre de Roger Frézin, Le Sexe surgelé qui dégage un érotisme froid. Talons hauts, jupes courtes plissées et jeux de jambes envahissent la peinture d’Allen Jones, Neither Forget your Legs, qui évoque la place que les femmes, émancipées et libérées de leur carcan, occupent désormais dans le nouvel ordre des choses. Enfin, Mme Raysse pose pour son époux, Martial Raysse, et s’affiche dans toute sa sensualité en découvrant ses épaules dans un portrait très proche de la photographie. Martial Raysse rend pourtant cette sensualité purement artificielle par un jeu de couleurs incongru : le vert du visage répond au rouge du buste et oblige le spectateur à porter un regard distancié sur le corps de la jeune femme.

  • Autour d’une oeuvre offerte par Mark Brusse au LAAC en 2005, Natural Wood n° IV (1968), sculpture qui, par sa structure et le jeu qu’elle opère avec l’espace, se rapproche de l’art minimal et de l’art conceptuel, seront rassemblées plusieurs oeuvres évoquant les principales tendances artistiques de l’époque : l’Arte povera par le biais de Torsione de Giovani Anselmo ; l’art conceptuel par les oeuvres Advocate de Robert Barry et A tribute to John Cage de Nam June Paik ; le groupe BMPT (B pour Daniel Buren, M pour Olivier Mosset, P pour Michel Parmentier et T pour Niele Toroni) au travers d’oeuvres d’Olivier Mosset ou de Michel Parmentier (sous réserve)…

    Cet ensemble témoigne de la diversité de la création artistique de l’époque, riche de recherches et d’expérimentations qui (ré)interrogent les formes traditionnelles de l’art.

  • Les années 1960 marquent un tournant dans l’histoire de la conquête spatiale. La bataille entre l’URSS et les États-Unis est engagée depuis quelques années déjà pour la course vers la Lune. Dès 1962, les États-Unis redoublent d’effort et le président Kennedy annonce que la mission Apollo ne sera désormais dédiée qu’aux missions lunaires. Chacun connaît le fin mot de l’histoire… Le 16 juillet 1969 restera une date gravée dans les mémoires collectives, bien au-delà des frontières américaines.

    Les collections du LAAC renferment un véritable petit trésor de moins de 50g. Il s’agit d’une des 11 répliques, second exemplaire présent sur le territoire européen, de l’oeuvre déposée sur la Lune par la mission Apollo XV en 1971, fait unique à ce jour. Fallen Astronaut (1972), conçue par Paul Van Hoeydonck avec l’accord de la NASA et du Président Nixon, est une petite sculpture humanoïde en aluminium, hommage aux astronautes qui ont péri dans l’accomplissement de leur mission. Un agrandissement x 40 de cette sculpture est présenté dans le jardin de sculptures du musée qui détient l’exclusivité de cette reproduction monumentale.

    L’Homme de l’espace revient également sur cette folle conquête. L’artiste, Marcel Pouget, poursuit sa quête de spiritualité en tentant de représenter le corps de l’être humain en totale symbiose avec son esprit. L’image de l’humain est déformée par le halo de lumière qui l’entoure et par le contraste saisissant des couleurs révélant ainsi la vision irréelle, entre conscience et rêve, du peintre. De la même façon, Et pourtant, elle tourne. Hommage à Galilée de Ladislas Kijno, retranscrit à merveille le mouvement de rotation, suggéré par une traînée de couleur blanche déposée sur la toile. Le titre confirme cette sensation de mouvement qui évoque la course orbitale des planètes et leur trajectoire elliptique autour de l’astre solaire. Interpellé par le rapport à l’espace, Kijno remonte au XVIIe siècle pour rendre hommage à Galilée, considéré comme l’un des plus grands observateurs astronomiques et à qui l’on attribue cette célèbre réplique reprise dans le titre de l’oeuvre: « Et pourtant, elle tourne ».

    Toujours au coeur de l’actualité, Bernard Rancillac reprend quant à lui une photo de presse pour interpréter à sa manière la Conquête de la Lune. Enfin, des oeuvres font écho à cette « atmosphère spatiale » par leur graphisme ou leur style : Rivage blond et Sans titre de Piet Moget, Negy-Kelet (1973-1976) de Victor Vasarely, Cercle violet sur fond rouge (1973) de James Pichette ou encore la sculpture Multicorps capsulaire vertical (1973) de Claude Viseux qui trône au centre de la salle.



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