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Exposition Takashi Murakami |
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L’influence de l’anime (animation) et du manga (BD) s’avère centrale dans la conception esthétique de Murakami, dont la carrière a décollé au début des années 90. Ces deux genres, selon lui « représentatifs de la vie quotidienne au Japon », sont les piliers de la subculture otaku , un terme qui se réfère à ces jeunes obsédés par l’anime et le manga qui vivent reclus chez eux.
Outre la culture populaire, son travail puise également dans certains courants artistiques européens et américains. Ainsi la pratique de Murakami combine brillamment la palette criarde du pop, la planéité de l’art traditionnel japonais et quelques éléments tirés du surréalisme, dont le recours au rêve dans la démarche créatrice.
Comme l’exprime le commissaire de l’exposition, Paul Shimmel, "Au fil de sa carrière, Murakami s’est constitué un patrimoine personnel et artistique fait d’un amalgame de traditions japonaises, européennes et américaines qu’il a su recombiner pour développer une esthétique unique qui a donné lieu à une prolifération d’icônes et d’images distinctives".

Organisée selon un parcours chronologique, l’exposition retrace l’évolution de Murakami sur les 2000 mètres carrés du troisième étage du Musée. Au sein des ondoyants et lumineux espaces de l’édifice de Gehry, sculptures et peintures, travaux de mode, animation et produits dérivés acquièrent une nouvelle dimension.
La manifestation débute dans les salles dites classiques par une série de toiles peintes entre 1991 et 2000. Dans une tentative d’explorer sa propre identité, Murakami se lance dans un travail méticuleux d’investigation sur sa propre marque de fabrique en appliquant son imagerie emblématique à la construction d’un authentique autoportrait. Cette exploration, qui a commencé en 2000, est encore ouverte.
L’intérêt suscité très tôt chez Murakami par les marques est palpable dans Panneau TAKASHI (Signboard TAKASHI , 1992-2007), une pièce dans laquelle l’artiste détourne le logo de la firme japonaise TAMIYA —leader de la fabrication de maquettes plastique—, avec laquelle il identifie son enfance, pour créer un panneau avec son nom inscrit sur le slogan de l’entreprise : “Leaders en qualité dans le monde entier”. Murakami adopte cette phrase dans une ambitieuse manifestation d’optimisme et de confiance alors que le Japon est plongé dans la profonde crise financière provoquée par l’éclatement de la bulle immobilière.
En 1993, afin de convertir en marque sa propre identité, Murakami crée un alter ego qu’il baptise du nom de Mr. DOB, un personnage dans lequel se fondent des éléments du pop américain et de la culture contemporaine japonaise comme l’anime et le manga. Cet avatar, inspiré par Sonic, le hérisson bleu mascotte de Sega, ou par Doraemon, le populaire personnage de BD japonais, a vu le jour à partir d’un raccourci de la phrase dadaïste “Dobojite dobojite” (pourquoi ? pourquoi ?), relevée dans la BD Inakappe Taisho, et du mot à plusieurs sens “oshamanbe”, qu’emploie sans cesse le comique japonais Toru Yuri.

Au fur et à mesure que la carrière de Murakami évoluait, son Mr. DOB en faisait autant. En moins d’une décennie, une hélice d’ADN (ZuZaZaZaZaZa , 1994) bien sympathique avec son visage rond, ses yeux innocents et son sourire jovial [La marche de Dob (DOB’s March, 1995)] a fini par devenir une créature aux dents féroces et au regard inquiétant —Le château de Tin Tin (The Castle of Tin Tin , 1998)— et un énorme monstre dégoulinant de bave et d’étranges matières, dans une allégorie de l’infinie soif de consommation qui caractérise notre société : Tan Tan Bo vomissant—alias Gero Tan (Tan Tan Bo Puking —a.k.a. Gero Tan , 2002).
À côté des peintures, l’exposition du Musée Guggenheim Bilbao installe également les plus célèbres et controversées figures sculptées des premières années de l’artiste comme Miss ko2 (1997), une mince serveuse aux longues jambes qui aspire à devenir chanteuse pop ; ou l’ensemble formé par Hiropon (1997), une jeune femme au buste généreux, et Mon cowboy solitaire (My Lonesome Cowboy , 1998), un adolescent nu ; qui renvoient tous les deux à des icônes hypersexualisées.
Quant au spectaculaire Projet ko2 Seconde mission (Second Mission Project ko2, 1999-2007), il attire tous les regards. Cet ensemble de trois pièces montre Miss ko2, caractérisée comme un soldat des forces japonaises de défense, affrontant des situations critiques en se transformant en avion de guerre.
L’oeuvre de Murakami navigue entre les subcultures japonaises et américaines, ainsi que le traduit son invention du terme POKU, fusion de pop et d’otaku . Dans le triptyque monumental créé en 1998, Surréalisme PO + KU Mr. DOB (PO + KU Surrealism Mr. DOB), son si caractéristique arrière-plan monochrome, “super-plat”, explose sous l’irruption de figures vibrionnantes aux yeux exorbités et aux dents pointues. Cette pièce côtoie l’un de ses travaux les plus ambitieux : DOB dans l’étrange forêt (DOB in the Strange Forest , 1999).
À partir de 2000, ses autoportraits (Mr. DOB, Inochi, Mr. Pointy, Tan Tan Bo et Oval) et ses autres créations continuent à refléter l’évolution personnelle et professionnelle de Murakami. Le décalage, les doubles lectures et la mise en contraste de contraires sont récurrentes dans l’oeuvre de l’artiste japonais : le bien et le mal, la douceur et la perversion, l’humour et la contestation sociale. Il est fréquent d’y trouver des images aimables, aux vives couleurs, qui donnent lieu à une grande diversité d’interprétations. Les champignons multicolores qui parsèment une bonne part de son travail ont été interprétés par exemple comme une référence aux bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki, comme des organes génitaux masculins, voire même comme une allusion aux hallucinations provoquées par les drogues.
Parlons aussi de ces sympathiques personnages que sont Kaikai et Kiki. Leurs noms viennent du mot japonais kaikaikiki , qui signifie “bizarre, mais charmant”. C’est le terme qu’utilisaient les critiques d’art au seizième siècle pour dire que le travail du peintre Kano Eitoku était courageux, puissant et en même temps profond et sensible. Kaikai et Kiki incarnent la complexité de ces qualités apparemment opposées.
Entre 2003 et 2005, Murakami produit Mr. Pointy et les quatre gardiens (Mr. Pointy and the Four Guardians ), un travail basé sur les quatre divinités protectrices du bouddhisme Tamon-kun (nord), Jikkokkun (est), Zoucho-kun (sud) et Koumokkun (ouest). Au centre, protégé par ces quatre génies tutélaires, siège Tongari-kun (Mr. Pointy ou “celui qui signale”), une énorme figure de plus de sept mètres de haut qui préside la salle 304. Avec ses douzaines de bras et une tête géante ornée d’une originale corne, qui fait penser à une antenne tournée vers l’espace, emblème du Bouddha et aussi du propre artiste, Mr. Ponty est assis sur une gigantesque grenouille reposant sur des pétales de lotus. Grenouille en japonais se dit “kaeru”, qui se prononce pareil que le mot signifiant "revenir".

Murakami aime aussi de se représenter comme Inochi (2004), un adolescent à tête ovale — adaptation du légendaire E.T. de Steven Spielberg—, aux épaules étroites, aux jambes squelettiques et aux bras étirés avec les paumes vers l’avant, qui, à Bilbao, apparaît photographié dans différents environnements de sa vie.
L’exposition ne manque pas par ailleurs de travaux tout récents de l’artiste comme Oval en Bouddha d’argent (Oval Buddha Silver , 2008), considéré par Murakami comme l’une de ses « divinités artistiques » avec Kaikai et Kiki. Réalisée en argent, cette pièce particulièrement belle et harmonieuse représente un Bouddha assis en méditation sur un lotus. Commandée par Naoki Takizawa, styliste à l’époque du célèbre Issey Miyake, celui-ci demanda à Murakami de s’inspirer de Humpty Dumpty, protagoniste d’une chanson anglaise pour enfants, et de Hyakume, un personnage du manga japonais omniprésent dans les lectures d’enfant de l’artiste.
Outre les figures fantastiques de science-fiction SMPKO2 , l’exposition apporte les toiles abstraites de Murakami, qui ont recours à un nouveau vocabulaire de techniques allant du graffiti à l’Op Art en passant par les effets spéciaux. Ces surfaces retiennent l’attention de l’observateur en brouillant la frontière entre le viscéral et le virtuel dans la perception, une stratégie technique qui fait partie du vaste spectre d’intérêts de l’artiste. Convaincu du pouvoir de la fantaisie et du leurre qui sous-tend les effets spéciaux, il a incorporé ce genre à sa pratique artistique.
©MURAKAMI est complété par un film sur son travail dans le monde de l’animation à travers l’épisode 1, Semer les graines (Planting the seeds ) et l’épisode 2, Le secret de Kaikai (The Secret of Kaikai ) du film d’animation Kaikai & Kiki, qui raconte l’expédition de ces espiègles personnages à la recherche d’une source de pouvoir occulte, dans un monde contrôlé par l’intelligence artificielle. De même, les visiteurs pourront voir le clip vidéo d’une des chansons de l’album Good Morning on tourné par Murakami en 2007 pour le rappeur Kanye West.
Finalement, quelque 500 produits dérivés que Murakami a développés par le biais de sa firme (Kakai Kiki Co. Ltd.) seront présentés sur des étagères en verre carrées disposées à la sortie des ascenseurs en titane. Outre la production de ces articles, la firme s’occupe de la réalisation de l’oeuvre de l’artiste, de représenter de jeunes créateurs et d’organiser le salon d’art GEISAI de Tokyo aussi bien que diverses collaborations artistiques.
Dans ce cadre, l’exposition n’oublie pas sa collaboration avec Marc Jacobs, directeur artistique de
Louis Vuitton en 2002, évoquée par plusieurs pièces créées pour le maroquinier français. Pour
Murakami, cette intégration naturelle d’objets de consommation dans l’exposition rejoint "ces
aspects qui fusionnent, réunissent et recombinent le concept de ready-made".
