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Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, LyonExposition du 17 juin au 24 décembre 2010
 Village de Rabagani où vit Tarzan
Covaci, sa femme Crijma et leur fille
Izabela. Jour de la Pâque orthodoxe.
Rabagani, Roumanie, avril 2009. Copyright
Bruno Amsellem / Signatures
En 2007, "Peuple tsigane, le silence et l’oubli" retraçait l’histoire de l’internement des Tsiganes français pendant la Seconde Guerre mondiale, autour du reportage photographique
et du travail en archives réalisés par Mathieu Pernot. Nombreux furent alors les visiteurs à avoir
manifesté leur intérêt pour la situation de ceux qui vivent, aujourd’hui, dans des bidonvilles à la périphérie
et parfois au coeur des villes. Ces autres Tsiganes que sont les Roms, comme des dizaines de milliers de personnes de l’Est en quête de travail et de vie décente en Occident, sillonnent depuis vingt ans les sociétés européennes. La méconnaissance que nous avons de ces populations
semble pourtant les condamner à passer pour
des êtres singuliers, catalyseurs des peurs endémiques
ressenties face à l’altérité.
Avec "Voyages pendulaires", exposition centrée sur les Roms de Roumanie, Bruno Amsellem nous offre l’opportunité
de délivrer une information sensible sur les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes ici traités
avec mépris ou indifférence. Le périple des Roms, de leurs villages roumains à nos bidonvilles et squats
français, les politiques d’aide au retour, les changements
engendrés par l’entrée de leur pays dans l’Union européenne,
les mécanismes de cette migration seront au
coeur de l’exposition.
Une exposition organisée en partenariat avec la maison de photographes Signatures.
Un exil intérieur
"Les raisons de l’exil sont toutes différentes sans doute.
Mais elles sont surtout propres à chacun, à chaque parcours
singulier, à chaque expérience humaine", entendait-
on résonner dans l’exposition Tchétchènes hors-sol,
que Maryvonne Arnaud présentait en 2009 au Centre
d’Histoire de la Résistance et de la Déportation.
Racontant les périples et les points de chute de quelques
familles roms entre la Roumanie et la France, le reportage
photographique de Bruno Amsellem donne à voir
un exil différent, à la fois permanent et intérieur. Car les
hommes et les femmes que nous découvrons ici sont des
citoyens européens à part entière qu’une misère immuable
jette sur les routes d’Europe. Partir chercher
là-bas le peu d’argent qui nous permettra d’exister
socialement ici, telle est l’implacable logique et destin de
ces familles, invariablement perçues comme des étrangers
tout à la fois suspects et fascinants, où qu’elles se
trouvent.
Dénoncer le rejet, non pas dans ses mécanismes mais
dans les effets qu’il produit sur la vie des gens, est une
donnée fondamentale du travail de Bruno Amsellem,
déjà auteur d’un reportage en Afrique sur des enfants
cachés parce que malades du noma. Universellement
asséné, administrativement organisé, le rejet est ce
que partagent, en des lieux et des époques différentes,
les migrants du monde entier. Nombreux sont les
documentaires à s’être récemment penchés sur le thème
de la migration. Chacun tente, autour de situations
extrêmement diverses, de rendre compte de ces départs
quotidiens, souvent définitifs, à la recherche d’une
vie meilleure. Privilégiant l’image fixe, le photographe
Olivier Jobard a travaillé en 2004 sur les migrants extraeuropéens,
suivant dans Kingsley, carnet de route d’un
immigrant clandestin l’épopée d’un jeune Camerounais.
Il traversait à ses côtés le Nigeria, le désert du Sahara,
l’Algérie et le Maroc avant de prendre la mer sur une
embarcation de fortune pour les Canaries.
La migration dont nous parle Bruno Amsellem est une
migration économique, et de fait intra-européenne, mais
son approche est bien la même que celle d’Olivier
Jobard. Ressentant le besoin de comprendre les mobiles
de certaines familles roms de Roumanie – ce qui les
pousse à venir en France et à accepter des conditions
de vie extrêmement précaires –, de donner à voir leurs
difficultés mais aussi leur espoir, Bruno Amsellem et la
journaliste Sophie Landrin sont partis avec elles "à la
source", leur pays. Ils ont subi les départs contraints
ou volontaires, l’attente, le voyage parfois reporté, souvent
chaotique, vers un ailleurs incertain qui conduit ces
personnes de squats en bidonvilles.
Quand Sebastiao Salgado dans son projet Migrations :
Humanity in transition ne mentionne pas le nom de
ceux qu’il photographie pour offrir une image universelle
de la détresse, Bruno Amsellem s’attache à des
personnages et revendique leur singularité. Pour ces migrants
étrangers de l’intérieur que sont les Roms et les
Tsiganes, la globalisation a toujours eu l’effet pernicieux,
rappelle Henriette Asséo, de masquer la diversité des
conditions, des destins individuels et familiaux, contribuant
de ce fait à les regrouper comme "indésirables".
Voyages pendulaires ne rend pas compte de ce que vivent
les Roms en général, mais de ce que vivent les deux
familles que le photographe a suivies en un moment précis
de leur histoire.
Les images du quotidien deviennent soudain troublantes
quand les gâteaux préparés en Roumanie dans la
perspective du voyage évoquent les gestes de nos propres
départs en vacances. Mettre de côté notre compassion
pour entamer une réflexion sur l’idée que nos privilèges
sont le pendant de leurs difficultés, "tout comme
la richesse de certains implique le dénuement des autres,
est une tâche à laquelle les images douloureuses,
émouvantes, ne font que donner l’impulsion initiale",
observe Susan Sontag. Les photographies de Bruno
Amsellem, portées par le récit de Sophie Landrin, nous
amènent ainsi à comprendre la nature, profondément
inégalitaire, du monde dans lequel nous vivons.
Présentation de l’exposition
Voyages pendulaires est présentée dans la grande salle
d’exposition temporaire du CHRD. Composée d’une centaine
de photographies couleur, l’exposition est précédée
d’un sas pédagogique. Celui-ci comprend une carte retraçant
le trajet entre la région lyonnaise et le Bihor
roumain, des interviews illustrant le point de vue de
différentes personnes et/ou spécialistes du sujet (historien,
ethnologue, journaliste, directrice du musée), enfin
quelques textes offrant des clefs de lecture du reportage
photographique (Tsiganes et Roms, entre stéréotypes
et persécutions ; Histoire de la migration des Roms de
Roumanie, depuis la chute du mur jusqu’à aujourd’hui ;
La migration comme alternative à la misère et aux discriminations).
L’exposition s’articule autour de 6 parties introduites
par un texte.
Retour sur les bidonvilles et squats de l’agglomération
lyonnaise (texte de Benjamin Vanderlick)
Au début des années 2000 et quelque quarante ans après
leur disparition promise, des bidonvilles renaissent aux
portes de Lyon. Les conditions de vie de leurs habitants,
nouveaux migrants venus de l’ex-Yougoslavie et de
Roumanie, frappent l’opinion et mobilisent, en vue de
leur expulsion, les pouvoirs publics. Friches de Vaulxen-
Velin, installations à Saint-Priest, Pierre-Bénite et
Jonage, terrains de la Soie à Villeurbanne et du Puizot à
Vénissieux, bidonvilles de Surville et Paul-Bert, les photographies
permettent d’illustrer dix années d’existences
précaires dans les creux des villes occidentales.
Traces de l’histoire rom en Roumanie (texte d’Isabelle
Doré-Rivé)
La fin des régimes communistes d’Europe de l’Est a
eu des conséquences dramatiques sur le niveau de vie
des Roms, employés en nombre comme ouvriers dans
les exploitations étatiques. Depuis la chute de Nicolae
Ceausescu, la ferme d’État qui employait 60 % des Roms
du Bihor, d’où sont originaires les deux familles suivies
dans l’exposition, a fermé. Dans ce contexte de crise,
propice au réveil des sentiments nationalistes et xénophobes,
la migration revêt donc un caractère foncièrement
économique, provoquée par la dégradation des
conditions de vie et l’absence de perspectives d’avenir.
De Vénissieux à Tinca avec l’aide au retour (texte de
Sophie Landrin)
Anciens demandeurs d’asile, les Roms roumains
deviennent à partir de 2007 des citoyens européens à
part entière. Pourtant, cette même année, l’aide au retour
déployée par le gouvernement français les invite
à regagner durablement leur pays contre une prime de
147 euros par adulte et de 47 euros par enfant. Créé en
2005 pour gérer l’accueil des étrangers en France et
l’aide au retour dans les pays d’origine, l’Anaem organise
le rapatriement des familles en Roumanie. La couverture
photographique du périple des familles roms
depuis l’expulsion du bidonville de Vénissieux jusqu’à
leur arrivée dans celui de Tinca, en Roumanie, est à
l’origine du projet Voyages pendulaires.
Les voyages de Tarzan Covaci (texte de Sophie
Landrin)
Tarzan Covaci vit avec sa famille depuis plusieurs
années entre la France et la Roumanie. Les suivre dans
leur quotidien, dans leurs périples à travers l’Allemagne,
l’Autriche et la Hongrie donne à comprendre cette
logique d’immigration pendulaire, ce va-et-vient tout
à la fois contraint et nécessaire. La recherche de
moyens de survie en dehors des frontières nationales va
de pair avec le maintien de liens étroits et réguliers avec
son pays, que Tarzan regagne à la faveur d’événements
particuliers, comme les fêtes de Pâques ou la naissance
de sa fille. À l’image des migrants du monde entier, le
voyage est entrepris avec l’idée d’investir au retour le
fruit de son travail, il est porteur d’espoir.
Traian et Pamela Covaci (texte de Thomas Ott)
Qu’on l’imagine au retour ou dans le pays d’accueil, la
perspective d’une vie matérielle et sociale meilleure
constitue une très puissante invitation au départ.
Traian et Pamela Covaci, comme la très grande majorité
des Roms présents à Lyon ces dernières années, sont
originaires du judet de Bihor, à l’ouest de la Roumanie.
L’image de ce jeune couple et de leurs deux enfants rentrant
en fin de journée dans le bidonville Paul-Bert, jouxtant
le centre commercial et d’affaires de la Part-Dieu,
est saisissante. Distinct de celui de Tarzan, leur parcours
permet d’évoquer un projet d’installation réussi,
auquel la volonté de scolariser leur petit garçon n’est pas
étrangère.
Second voyage avec l’aide au retour (texte de Sophie
Landrin)
Vingt ans après le début des mouvements migratoires
des Roms d’Europe centrale et orientale, ces derniers
continuent d’être perçus comme une population à évacuer,
quel que soit le destin qui les attend dans leur pays
d’origine. La France dit disposer des moyens permettant
de sédentariser les familles, à travers des politiques de
codéveloppement et de réinsertion que l’Office français
de l’immigration et de l’intégration se charge désormais
d’orchestrer. Trois ans après leur premier voyage,
Sophie Landrin et Bruno Amsellem repartent en Roumanie
aux côtés de familles roms de l’agglomération
lyonnaise qui ont accepté l’aide au retour proposée par
la France.
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