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Musée d’art et d’histoire de GenèveExposition du 15/10 2010 – 01/05 2011
Là où le beau rejoint l’utile... Comment trouver définition plus
exacte et plus sensible de ce que sont les arts appliqués ? Leurs frontières s’en trouvent
élargies, dépassant les contraintes imposées. Ainsi, le dessin participe de l’élaboration, le
trait matérialisant l’idée ou guidant l’exécution. De même, le décor, a fortiori quand on le doit
à l’artiste, s’applique avec la même intention à l’objet comme à l’architecture. Enfin,
l’industrie, axée sur la fonction et la performance de ses productions, insuffle à ces
dernières une esthétique grâce au design. Arts décoratifs, arts industriels, arts appliqués, la
terminologie s’efface au profit de la démarche artistique.
Genève, riche de nombreuses compétences, s’est particulièrement investie dans la promotion du
beau dans l’utile. Alors que disparaissaient les règlementations corporatives, enrichie par son statut
de refuge des savoir-faire de ceux qui s’y installèrent pour rester fidèles à leur foi, la cité allait
bientôt se donner les moyens de voir sortir de ses murs des objets de convoitise. Le XVIIIe siècle,
grande période de l’indiennerie, c'est-à-dire de l’impression sur étoffe, rapidement supplantée par
l’horlogerie qui allait devenir emblématique de la place, voit la création d’une école de dessin
gratuite. On s’y efforce de développer les capacités artistiques de tous, du forgeron au cabinotier.
La Société des arts est un lieu d’échange et de recherches ; et bientôt, dans la filiation de ces
institutions, naissent des écoles professionnelles. Il n’est donc pas étonnant que Genève se dote
d’un musée des arts décoratifs dont les collections rejoignent le Musée d’art et d’histoire à sa
fondation, moyen d’enrichir la création en offrant la possibilité d’étudier ce que les aînés ont réalisé.
A l’occasion de son Centenaire, le Musée d’art et d’histoire souhaitait renouer avec cette part
importante de son passé et de ses missions tout en suscitant le plaisir de la découverte, ou de la
redécouverte, d’une identité genevoise parfois insoupçonnée dans le vaste domaine des arts
appliqués. L’exposition Décor, design et industrie se propose donc de rassembler, de jadis à
aujourd’hui, ce qui a contribué au rayonnement de Genève, ce qui en a fait sa spécificité, ce qui est
devenu internationalement connu comme ce qui est parfois resté confidentiel. Vaste programme
pour un vaste domaine dans lequel l’objet est au centre du discours nourrissant celui de l’histoire,
de la technique et de l’esthétique. On y parle donc, avec le même enthousiasme, de machines à
coudre, de livres, d’affiches, de bandes dessinées, de construction automobile, de vêtements et
d’accessoires, de ferronnerie, de scénographie, de tapisserie, de mobilier, de design, de bijoux,
d’horlogerie, de céramique, de papier peint..., un véritable inventaire à la Prévert dans lequel la
muséographie de l’événement se doit de s’imbriquer. Les diverses oeuvres, groupées selon une
thématique éloignée de tout absolu, y entament un dialogue que chaque visiteur saura s’approprier
comme il l’entend.
Du petit à l’imposant, du plus simple au plus élaboré, du plus trivial au plus exceptionnel, les pièces
choisies sauront déclencher la surprise, l’étonnement, et sûrement souvent l’admiration. Afin de ne
pas célébrer la création genevoise sans s’y impliquer, carte blanche est donnée à Philippe Cramer
et son équipe, pour un face à face entre les boiseries du salon historique de Cartigny créé par Jean
Jaquet à la fin du XVIIIe siècle et le design contemporain de Cramer + Cramer.
Alexandre Fiette, commissaire de l’exposition
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