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Galerie Frank Elbaz, ParisExposition du 14 novembre 2009 au 5 janvier 2010
Chaque décennie (ou presque) la jeunesse vient s’opposer à l’ordre établi. Cela fait sans doute partie
de la construction de la société et de notre éducation personnelle : il est un temps pour refuser le
monde qui nous est proposé. Et c’est ainsi que nous nous «formons» et devenons, peu à peu,
adultes. Normalement ce moment de la vie dure quelques mois et rares ceux qui en font une
véritable éthique, qui prolongent durablement leur rêve d’une société différente. Mais quelques
résistants se lancent parfois dans une aventure collective en marge des règles imposées. Audrey
Nervi documente au cours de ses voyages, depuis une dizaine d’années, les free-parties, raves et
autres grands rassemblements qui fonctionnent en dehors de toute culture mercantile, étatique et
officielle. Elle photographie ce monde (dont elle fait elle-même partie) puis entre dans son atelier
berlinois pour un patient et délicat travail de peinture. L’image photographique, prise en quelques
centièmes de seconde, devenant lentement une toile qui viendra célébrer, pour longtemps, un bref
moment de vie commune.

Audrey Nervi - Stev, Las Vegas Parano - Bulgarie -
2009 Huile sur toile 50 x 30 cm - Pièce unique - Courtesy galerie frank elbaz, Paris
La dernière appellation inventée afin de qualifier la jeunesse «rebelle» vient du Royaume-Uni et se
résume dans l’acronyme N.E.E.T. : Not in Education, Employment or Training [ni étudiant, ni employé,
ni stagiaire]. Audrey Nervi l’utilise comme titre des oeuvres de sa troisième exposition dans la Galerie
Frank Elbaz. Elle propose ce que l’on pourrait appeler une galerie de portraits (comme on en
fabriquait aux siècles passés), nous présentant ses amis et rencontres fortuites lors de ses voyages
en Bulgarie, Italie, Allemagne, Roumanie. Des personnes à la recherche du plaisir (ce qui explique la
présence du mot «hédoniste» à la suite de N.E.E.T.) et en marge de la société. Mais, comme le
raconte Jean-Luc Godard dans une interview : les marges sont la chose la plus intéressante dans les
livres car c’est là que l’on peut écrire ses propres mots. En plus des portraits, deux peintures de
grand format, compositions énigmatiques évoquant autant le symbolisme que l’abstraction, viennent
compléter et amplifier l’aspect politique du travail de l’artiste.
Enfin, la peinture d’Audrey Nervi n’est pas le simple transfert de la photographie sur la toile. Elle
réalise, à l’aide de l’ordinateur, des corrections, des collages, des transformations et le lent passage
vers la peinture lui permet une certaine «mise à plat» des différents éléments. Sa technique est
tellement parfaite que l’on voudrait qu’il s’agisse d’un report direct de l’image photographique,
oubliant que ce qui fait un véritable artiste est sa capacité à interpréter et jouer avec le monde qui
nous entoure. Surtout, il n’existe encore aucun moyen technique capable de produire des noirs aussi
profonds et délicats que ceux de ses dernières toiles. Ses peintures, même les plus réalistes, sont
des oeuvres bien plus complexes que leurs images d’origine.
Thibaut de Ruyter
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