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John M. Armleder |
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Au début des années 80, Armleder s’inscrit dans le mouvement de la post-modernité et revendique un engagement politique et social. Il utilise l’objet comme ready-made qu’il juxtapose avec les toiles abstraites. Il entreprend des peintures d’ameublement : des tabourets, des tables, des canapés voisinent avec des toiles géométriques, souvent monochromes.
Assimilé à la tendance néo-géo, Armleder élabore un vocabulaire personnel en mêlant l’abstraction au réemploi de meubles, réalisant des pièces entre sculpture et peinture, les furniture-sculpture. Les références et les emprunts à l’histoire de l’art sont clairement avoués.
Depuis 1990, John M. Armleder crée des séries autour de l’ameublement de jardins avec des roues fleuries. Ses dernières installations sont des peintures murales par lesquelles il envahit les murs des lieux d’exposition de larges répétitions de motifs géométriques sur fonds colorés.
Dans ses expositions, John Armleder joue sur le déjà-vu, le refus des genres et un glissement entre l’art et le décoratif. Les notions de décor et d'objets servent de lignes directrices à beaucoup de ses créations.
John Armleder interroge les rapports des oeuvres entre elles et les rapports des oeuvres dans le contexte où elles sont montrées. Souvent, le destin des oeuvres d’art est de venir se fondre dans les décors domestiques, urbains ou muséaux : on accroche un tableau dans le salon au-dessus d’un canapé, on place une sculpture au milieu d’un rond-point du centre ville, les toiles de grands maîtres se détachent harmonieusement sur les velours des galeries des musées. Les oeuvres d’art finissent donc bien souvent comme des pièces d’ameublement, des objets mobiliers comme les autres, des éléments décoratifs. John Armleder se demande alors si le destin des décors ne serait pas de se confondre aux oeuvres ?
Les oeuvres de John Armleder peuvent prendre plusieurs formes: installations, publications, peintures, sculptures, affiches,
dessins, photographies, vidéos... Ses peintures géométriques rappellent des tableaux abstraits et se
donnent comme quelque chose de facile à faire. Il associe souvent le tableau à un objet, à un
meuble posé devant, sans socle, comme dans un intérieur bourgeois : partiellement masquée, la
peinture n’existe plus comme chef-d’oeuvre mais forme un ensemble avec le meuble, une sorte de
sculpture. Il réalise aussi des peintures murales avec des motifs rappelant l’Op Art, la période
psychédélique, et aussi des papiers peints qu’il associe souvent à des objets.
Chez John Armleder on trouve des peintures murales ou sur toile associées à des instruments de musique. La présence d’instruments de musique est à mettre en rapport avec la “musicalité” des peintures de John Armleder faites de lignes, de points, de signes répétitifs qui leur donne une certaine rythmique.
Les objets sont très présents dans le travail John Armleder qui les utilise dans des jeux de superpositions. Tous les matériaux sont réunis et offrent des formes d’art possibles. John Armleder ne se sert pas des objets dans une stratégie de critique ou de liquidation de la peinture, mais bien plus : il reconnaît aux objets dont il se sert une qualité picturale.
Dans ses oeuvres, John Armleder s’approprie la lumière comme matériau. Depuis toujours, la lumière est une des interrogations majeures de la création plastique : elle est l’instrument de la visibilité, la condition de l’apparition du monde et au spectateur.
La peinture tient une grande place dans les oeuvres de John Armleder. Il réalise des peintures sur toile, des peintures murales et des tapisseries. Pour lui, qui conçoit ses expositions comme de la décoration d’intérieur, le tableau est un miroir : il renvoie au décor, à l’histoire de l’art, aux modes, aux styles. Il n’est pas une fenêtre ouverte sur le monde et qui en donne une image figée, il n’est pas une surface fascinante, comme un lieu sacré. Il est comme un écran vidéo : il s’emplit du monde et de ses circonstances au gré des déplacements que l’artiste opère au sein des styles et des oeuvres, des époques et des situations. Ainsi ses peintures coulées, les effets de la géométrie dont il use dans ses toiles et peintures murales, les assemblages peinture/mobilier sont les instruments de ces déplacements. Par exemple, le motif à pois qui est très présent dans l’oeuvre de John Armleder peut provoquer simplement un plaisir visuel et/ou évoquer le Suprématisme, les codes du décor des années 50 ou une forme de sculpture s’il est associé à un objet. Ainsi le travail de peinture de John Armleder permet de nouvelles circulations du sens, des échanges entre les valeurs du symbolique et de l’utilitaire, l’entrelacs des relations entre les objets d’art et leur décor.
John Armleder est célèbre pour les confrontations inattendues qu’il opère entre un tableau et un objet. Le plus souvent, lorsqu’il fait son exposition dans un musée ou une galerie, il choisit un tableau de la collection du lieu où il se trouve et un objet, appartenant ou pas au lieu : cela peut être un meuble design, une chaise de bureau, des boîtes, des plantes en plastique, des animaux empaillés… Il peut aussi utiliser ses propres peintures. Fortement intéressé par la dimension décorative que prend un tableau dans un intérieur et les relations que l’oeuvre entretient avec les autres objets de la pièce, l’artiste a réalisé bon nombre d’ensembles peinture/meuble qui interrogent ce rapport et où couleur et formes vont provoquer une aventure visuelle et décupler des sens multiples et des histoires possibles.
A partir de 1979, John Armleder réalise les célèbres Furniture Sculptures qui sont des réemplois de meubles ordinaires. Superposés selon des accords de volumes ou de couleurs, ils sont souvent mis en relation avec un tableau ou une peinture murale ; ils accèdent au rang d’oeuvres d’art. Le geste de l’artiste se résume au choix, sans que sa main joue réellement un rôle.
En 2006, John Armleder réalise une grande exposition rétrospective de son travail au MAMCO de genève, un des plus grands lieux d’art contemporain en Europe, où il remplit 4 étages et 30 salles de peintures, d’affiches, de dessins, de sculptures… Il crée tout un magasin d’oeuvres qui ressemblent à des objets et d’objets qui ressemblent à des oeuvres. Les meubles posés devant les murs peints et les toiles jouent avec les lignes et les couleurs qui habillent de la salle.
Cette Furniture sculpture s’inscrit bien dans la lginée du travail de John Armleder. Sur un mur peint
métalisé recouvert d’araignées blanches réalisées au pochoir est accroché un grand tableau rouge
et beu contre lequel est calée une chaise longue en bois retournée. Quelque chose d’icongru et en
même temps de famlier semble naître du hasard de la rencontre des objets, des motifs, des
couleurs, des formes et des matières.
"Je ne suis malheureusement pas encore arrivé à entrer dans un musée et à ne pas reconnaître une de mes pièces."
"J'adore faire mes tableaux, mais j'aime aussi qu'on les fasse pour moi. Je suis très loin de cette figure habitée de l'artiste dans l'atelier comme Hartung. C'est dans ce sens que l'on peut croire que mon oeuvre est conceptuelle, parce que je fais les tableaux après qu'ils sont terminés. C'est de l'exécution. Je remplis un schéma présupposé et j'utilise ce qui est à disposition. Si je veux faire un monochrome rouge et que je n'ai que du bleu, je le fais en bleu. A la fin, c'est égal, c'est toujours le monochrome rouge que je voulais faire. Le fait qu'il apparaisse bleu est relatif."
"Il n'y a aucun écart entre l'art et tout autre objet, l'art n'est pas singulier, il ne sert absolument à rien, l'art est seulement inévitable."
