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Kader Attia |
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Après l'avoir vu reproduire à l'identique des paquets de cigarettes, son professeur de dessin le remarque et décide de lui faire connaître l’école des Arts Appliqués de Paris.
C’est pour l’artiste une véritable révélation. Il obtient son diplôme de l’école Supérieure des Arts Appliqués de Duperré en 1993 et après un passage aux Beaux-Arts de Barcelone en 1994, Attia part pour deux ans au Congo. Le contact avec l'élégance et l'exubérance de la sculpture ancienne et contemporaine d'Afrique centrale le marque profondément.
Il retourne alors à Paris en 1997 et réalise "la Piste d'Atterrissage" en 2000, un diaporama sur la vie des transsexuels algériens exilés à Paris au moment où la guerre civile fait rage dans leur pays.
Son travail prend racine dans les rapports complexes qu’entretiennent culture orientale et culture occidentale. Il s’attache à montrer les conditions de vie et d’intégration des immigrés en France et insiste sur l’identité conflictuelle d’une culture déracinée, face à la séduction d’une culture de consommation d’un Occident où règne l’abondance matérielle.
Ses oeuvres mettent en scène des thèmes comme la difficulté à vivre entre deux cultures qui souvent s’affrontent plus qu’elles ne coexistent, le religieux vécu comme repli communautaire, ou encore les relations entre culture dominante globale et la résistance identitaire des pays émergents.

Kader Attia participe aux plus grandes manifestations internationales : la Biennale de Venise en 2003, Art Basel Miami en 2004, la foire de Bâle en 2005, le Musée d’Art du Guangdong en 2005, La Biennale de Lyon en 2005, où était exposée sa très polémique et médiatique oeuvre Flying Rats et à l’Armory Show de New York en 2006.
Les créations de Kader Attia oscillent entre l'installation, la vidéo et la photographie. En Chine, il présente des oeuvres plus conceptuelles : après avoir racheté aux enchères de Bobigny un restaurant Chinois parisien qui avait fait faillite, Kader Attia le renvoie dans son pays d'origine.

Depuis sa première rencontre avec le colon, l’homme que l’on a différemment qualifié d’"indigène", de "primitif" ou d’"autochtone", fantasme sur un moyen facile de se procurer les richesses de l’étrange envahisseur.
Encore de nos jours, il n’est pas rare d’entendre évoquer les biens matériels des pays occidentaux que se procurent certains sorciers en ayant transformé un tronc d’arbre en avion ou en bateau. Ainsi, pendant la nuit, à bord de leur embarcation, ils se rendent sur l’avenue des Champs Élysées et chargent leur magique convoi de divers appareils électroménagers, pour les ramener au village. Tout cela en une nuit, car dès que le jour pointe, l’avion ou le bateau redevient tronc d’arbre. C’est la version africaine de ce que les anthropologues appellent "le mythe" du cargo.
La vidéo Marie-Thérèse ou le mythe du cargo montre par le biais d’une saynète chantée, la vision du monde de deux personnages. D’un côté, Marie-Thérèse, à la gourmandise consumériste, de l’autre son prétendant, qui tente de lui faire comprendre que "l’amour ne s’achète pas". Cette dernière fantasme l’Occident comme un eden, or comme le chante son amoureux, la réalité est tout autre ; celle de l’Occident comme la leur.
Une porte vitrée automatique, comme on en trouve dans les lieux publics (aéroport, gare, centres commerciaux, etc.) Sur le bord de chaque vitre, à l’horizontale, sont fixées les lames de grands couteaux de cuisine et de larges éclats de verre et de miroir ; grossièrement, avec du ruban adhésif.
Lorsqu’un spectateur s’approche, les vitres s’écartent, laissant apparaître les pointes et les bords tranchants des différents éléments qui y sont attachés ; le tout semblable à une terrifiante mâchoire.
Poursuivant une série initiée à la Biennale de Venise en 2003, Kader Attia a imaginé pour la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, une version féminine de sa ‘machine à rêves’ : face à un distributeur automatique de produits, symboles de la société de consommation et du besoin de s’y reconnaître, une jeune femme-mannequin de cire hésite devant plusieurs objets, représentatifs du rêve d’intégration de certaines jeunes filles...
A Grenoble, Kader Attia crée une oeuvre monumentale dont le point de départ est le tsunami qui a frappé les côtes de l'océan indien en décembre 2004.
La pièce, construite sur place pour l'espace central sous verrière appelé la "rue", s'étend sur une surface de 600 m2, plus de 40 mètres de longueur, 14 mètres de largeur et s'élève à environ 15 mètres en son point le plus haut.
Elle envahit complètement son espace de présentation comme l'eau du Tsunami auquel elle emprunte le nom pour son titre et sa conception. Réalisée en tôle ondulée galvanisée elle se soulève pour créer des vagues dans une énorme masse métallique. Le visiteur qui entre dans le Magasin est, comme pour la plupart des installations de l'artiste, partagé entre la séduction visuelle et matérielle de l'oeuvre et la dangerosité qu'elle recèle, ici amplifiée par son format. Le phénomène naturel représenté est dans le même temps le symbole d'un état critique du monde que décrit Kader Attia :
“Cette oeuvre, Tsunami est une synthèse. Elle parle aussi bien des victimes du tsunami, que des habitants de la planète réduits à n'être plus que la chair à canon du capitalisme sauvage. Cette gigantesque vague de tôle ondulée évoquera aussi les pluies d'acier qui s'abattent sur les populations bombardées quotidiennement dans ces nouvelles guerres que l'on consomme tous les jours via les médias, sans rien dire... Notre société est à l'image de cette vague d'acier, composée d'éléments rudimentaires – la tôle ondulée : elle monte très très haut et donne l'impression qu'elle va d'un moment à l'autre s'écrouler sur elle-même, détruisant tout sur son passage.”
(août 2006)
"Avec son histoire d'expositions prestigieuses et sa « Rue » centrale, le Magasin de Grenoble est un haut lieu de l'art contemporain et un défi d'autant plus stimulant pour un artiste, qu'il possède une superficie et un volume monumental.
Comme un bouquet final, après Lyon, je n'y présente qu'une seule oeuvre, monumentale bien sûr, mais concise, une sorte de condensé à la fois plastique, politique et psychanalytique. L'idée vient d'Afrique où, depuis que j'ai fait mon service militaire au titre de la Coopération au Congo Brazzaville, j'aime aller me ressourcer et me reposer après une période de travail intense, loin du téléphone portable et du stress des grandes villes! C'était donc à Lubumbashi. Là-bas, au milieu de nulle part, sous un soleil de plomb et en plein désert, comme partout d'Alger à Johannesburg, les cases sont recouvertes de tôle ondulée en acier, et non pas de matériaux végétaux traditionnels qui isolent pourtant bien mieux. Du coup, à l'intérieur, ce sont des fours. Ce matériau m'a donné à réfléchir tant par son utilisation incongrue sous le soleil, que par sa forme. Il possède une sorte d'ondulation qui évoque à mes yeux celle de la mer. Je vais reproduire cette onde et l'amplifier jusqu'à ce qu'elle devienne une vague géante, un tsunami.
Elle représentera une vision allégorique des grandes catastrophes climatiques contemporaines. Un dérèglement météorologique aussi alarmant que le dérèglement du climat politique. Depuis El Niño, c'est une évidence pour tout le monde qu'un dérèglement climatique est aussi une des conséquences d'une mauvaise politique.
Depuis des années la politique des Etats-Unis est de ne pas ratifier les accords de Kyoto (sur les émissions de gaz à effets de serre), alors que ce pays est de loin le plus gros pollueur du monde ! Je n'avais pas envie de mettre d'autres oeuvres autour de ce Tsunami, car cette oeuvre est une synthèse." Kader Attia.
Élevé en France entre judaïsme et islam, Kader Attia est un artiste radical qui aime secouer la bonne morale, mêler politique et esthétique, quitte à faire dans le spectaculaire. Les questions d’identité, de religion, d’immigration, de corps, de déracinement qui se croisent au fin fond des banlieues et ailleurs sont abordés de front à travers ses photographies et ses installations. Kader Attia se fait notamment remarquer avec une série de photos représentant des transsexuels maghrébins, mais aussi une série de tchadors réalisés à partir de cheveux, et une vraie fausse marque de vêtements : "Hallal", qui signifie "pur" en arabe. À la Fiac, en 2005, il aborde la circoncision, et à la biennale de Lyon, il présente une imposante série de poupées faites de graines et jetées en pâture aux rats volants que sont les pigeons.
Pour l’exposition "A house is not a home", Kader Attia s’installe dans la cuisine pour y présenter un alphabet arabe bien particulier. En effet, les 29 lettres qui le composent sont en réalité des armes vives et tranchantes. Ces lettrages aux ailes aiguisées sont inspirés des couteaux de jets d’Afrique centrale qui servaient autant pour la guerre que pour la chasse. Violence et terrorisme ou beauté et poésie, l’alphabet de Kader Attia est sur le fil du rasoir, il oscille dans cet entre-deux.
"L'art, et en particulier l'art contemporain, c'est-à-dire l'art en train de se faire, n'a pas de connotation ni par rapport à la localisation spatiale, ni par rapport à la race ou la sexualité. Il n'est pas convenable d'ériger des limites à l'art"
"J'attache beaucoup d'importance à établir un dialogue entre l'artiste et le spectateur. Être un artiste ce n'est pas forcément être producteur de concepts complexes ! Je ne dis pas que les artistes créent des oeuvres obscures ou cabalistiques, mais c'est malheureusement ce que retiennent le plus souvent les spectateurs. Ce qui m'intéresse, c'est de produire des choses avec des formes très simples pour amener le spectateur vers un véritable échange, un vrai dialogue de fond."
Voir toutes les citations de Kader Attia.
