Créer des photographies dont la valeur artistique puisse rivaliser avec la peinture : telle a été la grande ambition d'Heinrich Kühn.
Figure centrale du pictorialisme international autour de 1900, étroitement lié avec les deux plus grands représentants du mouvement, Alfred Stieglitz et Edward Steichen, Heinrich Kühn est parvenu à développer une oeuvre moderniste dans le cadre iconographique pourtant limité de sa vie familiale.
Heinrich Kühn, encore étudiant en médecine à Innsbruck, avait déjà derrière lui une grande pratique de la
photographie microscopique. Il s’était inscrit au “Camera Club” de Vienne et là, vers 1895, il
rencontra Hugo Henneberg et Hans Watzek, tous deux déjà partisans passionnés du mouvement
en faveur de la reconnaissance artistique de la photographie. Ce mouvement de portée
internationale les mettra en contact avec deux associations d’avant-garde, le “Linked Ring” à
Londres et le “Photo Club de Paris”. Ensemble, ils expérimentent avec enthousiasme les nouvelles
techniques d’impression photographique, particulièrement la gomme bichromatée appliquée au
pinceau qui donne un aspect pictural à l’épreuve – technique remise alors à l'honneur par Robert
Demachy. A Vienne, les membres du “Trifolium” (Watzek, Kühn et Henneberg) participent à la
Sécession et y exposent leurs photographies dont les très grands formats cherchent à se mesurer
avec la peinture.
Heinrich Kühn entretient, depuis 1904, avec Alfred Stieglitz, une amitié croissante. Son art va
changer radicalement et passer d’un impressionnisme “romantique”, avec ses paysages
dramatiques, ses natures mortes classiques et surtout les portraits de groupe, à un style allégé et
presque abstrait reflétant l’évolution de la Sécession viennoise. Seules comptent désormais l’étude
de la lumière et le rendu des valeurs. Heinrich Kühn obtient ainsi une photographie qui défie les
conventions et peut se réduire à des reflets dans un verre d’eau et à une ombre transparente sur
un mur.
Dès 1907, Heinrich Kühn a pratiqué en maître incontesté l’autochrome que venaient de mettre au point les
frères Lumière, alliant la richesse à la délicatesse des coloris. La hardiesse de ses mises en page
simplifiées à l’extrême, font de ses scènes en plein air tout particulièrement des photographies en
avance sur leur temps.