L’envahissement de figures, de symboles et de sens, de références
dans les tableaux de Nazanin Pouyandeh, saisit à la première
rencontre.
Nous nous immergeons dans un univers à la fois familier et
étrange. Chaque peinture est un monde à soi, mais il se prononce en
chaos monde. Les figures sont placées en suspens sur des paysages
imaginaires, réminiscences des peintures classiques de Flandre ou
d’Italie qu’elle étudie et explore avec précision.( ...)
L’artiste, le peintre est toujours un metteur en scène. Il place un à
un les éléments du visible à la recherche de sa juste coïncidence
entre ses images mentales faites de mémoire et d’amnésie et celles du
monde extérieur. Leur fusion crée de nouveaux accords, raccords et
assemblages du réel et délivre un monde paradoxal dont on ne peut
pourtant douter.
Voir une peinture de Nazanin Pouyandeh est une traversée
d’apparences, de collages, patchworks de références, là où l’Iran se
découvre sous Venise, le Hard rock, le gothique sous les lumières de
Joachim Patinir, le classicisme à la cool génération, le jeu de rôle
ludique à la guerre. L’Histoire est aujourd’hui histoire de mixage.
L’accélération du monde contemporain avec le flux incessant des
images a épuisé toute stabilité de leur appréhension.(...)
Exil de Pouyandeh. Les tensions de l’image de l’Iran à l’Europe
éclairent son oeuvre. Le nomade ou l’exilé ont des Histoires et des
Géographies. Ses peintures transmettent ses traversées de pays et
d’images, Babel de sens, de formes et de couleurs. Ne recherchant pas
ses origines, elle délivre un imaginaire non identitaire, non
nostalgique, le réel se dévoile en surréalité. Reprenant les termes
de l’immense écrivain Edouard Glissant, elle créolise, elle fait
monde de tous les mondes aperçus, celui de ses origines, de son pays
d’exil, mais aussi de ceux découverts dans les livres — monde passé,
présent, monde futur dont toute logique est absente.
La narration, l’histoire ou la fable se décrivent sans autre lien
narratif clair que la propre expérience de l’acte de peindre pour
Pouyandeh. L’histoire du tableau se construit dans l’ici et
maintenant de la peinture in progress en recherche de connexion entre
tous les éléments du tableau.
Extraits du Texte du critique Eric Corne sur le travail de Nazanin
Pouyandeh in Catalogue d’exposition. Juin 2010